• Ulysse

    Ulysse est une élève ordinaire. Suite à un séjour à l'hôpital pour des raisons inconnues, elle se retrouve seule pour sa dernière année de terminale. Une nuit, un rêve mystérieux, un destin qui se trace. Ulysse fera des rencontres inattendues et découvrira ce qui se réveille en elle..."Lumen In Vobis"

  • Chapitre 1. Pourquoi pas ?  

    Je m'appelle Ulysse. Banale, je ère dans les couloirs du lycée, les lèvres pincées, le regard porté vers le ciel me demandant de quoi pourrait être faite cette année scolaire, cette ultime année de terminale, stressante mais qui nous transperce en un éclair. Tandis que je me force à penser que je ne suis pas physiquement présente sur cette Terre, je me prends tous les élèves à la chaine dans les bras, on me bouscule de partout, mais je m'en fiche, telles seront ces prochaines dizaines de semaines. Je soupire, je soupire tellement fort qu'un garçon daigne se retourner vers moi après m'avoir percutée par derrière, sûrement pressé par le flot incessant de la rentrée. Il est roux, mais curieusement il n'a rien d'un petit intello cherchant à s'attribuer toute la sympathie des professeurs pour se redonner un peu plus confiance. Mais son regard fut bref, à peine quelques secondes plus tard je peux le voir disparaitre au fond du couloir. Peut-être a-t-il des amis lui... quelque chose que je ne possède pas moi. Je continue à marcher, sans avoir de réel but. Nous n'avons pas cours aujourd'hui et nous avons, pour la plupart, déjà rencontré notre professeur principal et avons déjà pu nous attribuer notre casier. Je commence alors à chercher le mien, comme chaque année je me retrouve dans ceux qui se trouvent au ras du sol, le genre de casier que je n'utiliserais donc jamais...trop peu pratique pour moi, je me contenterai de porter mon sac sur une épaule durant la pause déjeuner. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai un présentiment, comme si cette année allait être différente...Un dernier soupir et me voilà dehors. J'ai réussi, j'ai survécu à ma première journée de cours, même si personne ne m'a parlé et que je me retrouve encore une fois dans la classe de Cam, de son vrai nom, Camryn..c'est une de mes plus anciennes amies, enfin c'était...Notre amitié s'est terminée l'année dernière, j'avais raté plusieurs mois de cours,  ma dignité aussi, mais c'est du passé. Quand la sonnerie retentit, je reviens soudainement sur Terre. Jusqu'à maintenant j'avais pu profiter de cette journée dans mon monde à moi, mais me revoilà dans la réalité. Il est midi, la rentrée est terminée, inutile comme toujours. Mon père m'attend dans la voiture quand je sors du bâtiment. Il a apporté mon sandwich végétarien préféré du Bouldin Creek Cafe. Je m'empresse d'ouvrir la portière avant pour m'assoir à côté de lui.  

    — Sur une note de 0 à 10...je dirais que ta journée était de...4 ! 

    — Papa, sache que 4 est beaucoup trop surestimé pour un lycée aussi minable que le mien, dis-je en mordant dans mon repas.  

    — En tous cas, ta mère ne sera pas aussi sympa que moi quand tu rentreras, elle te posera des millions de questions, te demanderas s'il y avait des garçons, des nouvelles amies... 

    — On ferait mieux de rentrer, je préfère la confronter le plus vite dis-je sur le ton de la plaisanterie.  

    La voiture gronde un bon coup, et nous nous élançons sur la route, quittant dernière nous la foule d'élève, déjà pressés de rentrer chez eux. Dans la voiture, mon père ne cesse de chanter, entre deux insultes envers les autres automobilistes évidemment. Cela me redonne le sourire. Je regarde mon portable, j'ai un message, je ne le lis pas pour l'instant.  

    Nous arrivons après une vingtaine de minutes dans notre quartier. Des dizaines de maisons qui se succèdent, presque identiques, à leur poste comme des soldats. Certains élèves sont en train d'ouvrir la porte de leur maison, eux aussi raccompagnés par leurs parents. Je vois également les personnes âgées qui rentrent de promenade. La vie semble avoir repris son cours, après un été trop chaud, où rien ne se passe, c'est comme si tout le monde se réveillait. Lorsque je franchis le paillasson, ma mère est déjà là, prête pour un interrogatoire qui ne lui apportera pas grand-chose mais qu'elle pense nécessaire. J'aime ma mère, mais depuis mon séjour à l'hôpital ce n'est plus comme avant, elle veut me protéger, me montrer qu'elle m'aime et qu'elle sera toujours là pour moi. Mais en faisant ça, elle me montre qu'avant ce n'était pas le cas, car notre relation a changé depuis. Nous nous installons dans la cuisine pour que je finisse mon sandwich et mon père s'en va chercher mon frère à l'école, il a 4 ans. Généralement je déteste les enfants mais mon petit frère est la seule exception à la règle. Ma mère prend deux verres et nous serre un jus d'orange, elle me regarde quelques minutes manger puis fini par me questionner :  

    — Alors c'était comment ma puce ?  

    — Comme toutes les rentrées...  

    — C’est-à-dire ? Chérie, si cela s'est mal passé tu peux me le dire, je ne voudrais pas... 

    — Tu ne veux pas que je refasse les mêmes erreurs, dis-je en fixant mes mains serrées autour de mon verre. 

    Ma mère se tait, je finis mon jus d'orange et lui demande si je peux monter dans ma chambre. Notre discussion a été courte, tant mieux. Je balance mon sac sur mon lit, recouvert d'une couette en patchwork. J'allume ma guirlande lumineuse, quelques bougies et je me détend. Il n'y a que dans cette petite pièce que je me sens bien, à l'abri du monde, des autres. Longtemps j'ai vécu dans le noir complet, au chaud dans le creux de mes plaids, recroquevillée sur moi-même pensant que rien ne pouvait m'atteindre. Aujourd'hui j'aime éclairer ma chambre, créer un ciel étoilé sous lequel me reposer, mais j'ai pris conscience que ces quatre murs, qui font de mon repère ce qu'il est, ne me protègent pas. Malgré tous mes efforts, je reste une ado, connectée par le biais de mon téléphone ou de mon ordinateur portable. J'aime les utiliser mais pas en subir les conséquences. Il suffit d'une photo de mannequin, d'un post sur Facebook pour me rappeler que je ne suis pas parfaite, me montrer que je ne vaux rien. Je ne suis pas une fille "moche", quand je me regarde dans le miroir je vois une gamine, mince, avec des petits seins, qui n'a aucun style. Je porte un jean et un t-shirt noir tous les jours. Mes converses blanches sont les chaussons d'une danseuse étoile, indispensables. Mes cheveux longs, lisses et bruns sont ordinaires. Mes yeux noisette aussi. Je suis simplement Ulysse, la fille qui a redoublé car elle était à l'hôpital. Je ne suis pas canon, je suis banale. Ce soir je suis libre, je n'ai pas de devoirs, c'est un peu comme les dernières heures des vacances d'été avant de réellement retrouver la routine des cours. J'en profite pour écouter ma playlist entièrement et écrire dans mon carnet de poèmes. Je ne les ai jamais fait lire à quelqu'un, ils reflètent mon essence, la personne que je suis au plus profond de mon cœur, c'est beaucoup trop personnel. Parfois j'y ajoute des dessins, quand les mots ne suffisent pas. Le soleil se couche lorsque je lève les yeux de mon petit carnet rouge, brodé de mon nom avec du fil argenté. Je le range soigneusement dans sa cachette habituelle, à savoir sous mon matelas, et je m'allonge pour réfléchir. Pourquoi ai-je ce sentiment étrange ? Mon esprit est en alerte, comme s'il fallait se préparer à quelque chose d'unique, de spécial. On m'appelle pour prendre le diner en famille. C'est le rare moment de la journée où nous sommes tous ensemble, moi, maman, papa, mon petit frère Matty et notre chat Léonard qui se faufile entre nos pieds. Mes parents en profitent pour parler de leur journée et moi pour m'occuper de mon frère. C'était une soirée agréable, mais j'étais loin de me douter de ce qui allait m'arriver. J'ai du mal à m'endormir ce soir-là, c'est comme un rituel de passage quand une nouvelle année de galère est sur le point de débuter, cela m'arrive chaque année. Mais cette fois, je ne rêve pas d'un monde où un dinosaure me poursuit à travers une piscine municipale, non, c'est différent. 


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  •  Je suis dans une grande pièce, seule. Il y a devant moi un miroir, je porte une robe bleu ciel, mes cheveux sont impeccables, tressés en deux nattes symétriques de part et d'autre de mon visage au teint blafard, on distingue mes taches de rousseurs parsemées sur mon nez. Je m'approche de mon reflet, méfiante de ce qu'il pourrait se produire. Aucun son ne me parvient, je n'entends pas le bruit de mes pas sur le sol de verre nacré. Suis-je devenue sourde ? Tout semblait normal jusqu'à que je remarque que mon reflet s'ondule, formant désormais une aquarelle violette et bleue aux reflets argentés. On est passé mon reflet ? Qu'est-ce-que ce miroir représente ? J'ai toujours eu des rêves particuliers mais celui-ci me procure des sensations bien réelles, je sens mon pouls s'accélérer, les gouttes de sueurs tomber dans mon dos, les muscles de mon front se raidir, je fronce les sourcils. Je tends finalement mes doigts fragiles jusqu'au centre du mélange de couleurs cherchant à établir un contact avec la paroi du miroir mais je ne touche rien, c'est vide. Je décide alors de m'y introduire, ce n'est qu'un rêve après tout, il n'y a pas de danger à ce que je sache. Tout devient flou, j'ai l'impression de tomber mais je sens encore mon pied de l'autre côté du miroir. Dois-je continuer ? Oui. Je passe donc mon autre jambe et me voilà submergée. Puis, il ne se passe rien. J'avoue que je suis déçue. Mais, alors que j'essaie de ressortir, la sortie disparait. Se mélangent alors des images, des sons, j'entends des personnes discuter, elles parlent de moi. "Je connais Ulysse, elle n'est pas comme ça", c'est la voix d'un garçon que je ne connais pas. J'essaie de suivre les voix mais des visions m'arrêtent. Je vois deux filles, soignées, blondes et bien habillées parler dans un couloir du lycée. Mon lycée ! Elles regardent du coin de l'œil dans ma direction, mais je ne réagis pas comme d'habitude, je les vois de plus haut, comme si je n'étais pas dans mon propre corps, et je m'éloigne sans les regarder. Elles se moquaient clairement de moi, je le sais car j'entends leurs ricanements s'atténuer dans mon dos.  Dans cette situation je serais allée leur demander ce qu'était le problème, il n'y a aucune raison qu'on se moque de moi, je n'ai rien fait d'honteux. Les images s'effacent et j'entends de nouveau les voix. "Je connais Ulysse, elle n'est pas comme ça". Le garçon le répète encore et encore, je ne vois pas son visage, je l'entends seulement. Puis je vois de la lumière, j'entends un bruit court, répétitif, je sens mon corps se mettre en mouvement. Puis je n'entends plus que la voix et le petit bruit en écho, je me réveille en sursaut dans mon lit et je comprends alors quel était ce petit son insupportable. C'est celui de mon réveil de malheur.  

    En cette première matinée d'école, c'est déjà la panique à la maison. J'avais oublié ce que c'était de se réveiller alors que les voisins ne sont même pas encore allés chercher leur courriel, que les premiers rayons du soleil éclairent notre rue et d'entendre les cris de ma mère suppliant Matty de se dépêcher. Je m'habille aussi simplement que d'habitude, t-shirt blanc avec un jean noir troué et mes converses. Je prends mon sac sur mon épaule, quelques dollars pour mon repas à la pause déjeuner et je file dans la cuisine, me préparant psychologiquement à la tornade se formant au rez-de-chaussée. Maman me salue d'un sourire tout en essayant d'habiller Matty de sa toute nouvelle veste en jean beaucoup trop serrée. Ils finissent par s'en aller en express cinq minutes plus tard, me laissant seule dans un calme bien mérité après la bizarre nuit que j'avais passé. J'essaie de me préparer un déjeuner équilibré puis j'abandonne après avoir découpé un abricot pour finalement l'accompagner d'un bol de céréales Lucky Charms. J'essaie de ne pas penser à ce que j'ai entendu dans mes songes. Mais je ne vais pas me mentir, ça m'a réellement perturbée. Je ne sais pas qui était ce garçon... La sonnerie de mon portable interrompe mes pensées. J'ai reçu un message de Camryn.  

    Ulysse, si tu n'as personne avec qui passer le déjeuner n'hésite pas à me demander ! Xoxo, Cam 

    J'avais oublié à quel point cette fille avait recours aux smileys. Son sms en est littéralement infesté. Je ne compte pas accepter son offre, d'ailleurs je ne prends même pas la peine d'y répondre. L'horloge du micro-onde indique 7h42, je dois aller prendre mon bus. L'arrêt n'est pas très loin, c'est l'avantage quand on vit dans une résidence comme moi, beaucoup de familles y habitent, il y a donc des liaisons directes avec les établissements scolaires. Je montre mon ticket et m'assois côté fenêtre, derrière une fille rousse que j'avais croisé la veille dans ce même bus. Je me demande si elle est dans mon lycée. Je le saurais dans 20 minutes, le temps pour notre ligne d'être parcourue dans sa totalité, ramassant tous les élèves des environs passant par l'école primaire et ayant comme terminus, le lycée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris le temps de regarder le paysage à travers les grandes fenêtres de ce tas de ferraille. Il y a beaucoup de verdure par ici. Je constate que beaucoup d'élèves se rendent en cours à pied, cela doit être fatiguant. Je suis beaucoup trop fainéante pour ça. Nous finissons par arriver à destination et de toutes évidence la fille rousse est dans mon lycée. Mon premier cours est une heure sur la vie lycéenne, obligatoire chaque semaine. La classe change parfois mais nous sommes souvent en petits groupes qui resteront presque les mêmes durant l'année entière. Ces cours sont vus comme une occasion de lier les élèves, de se faire des amis. Personnellement je pense surtout que c'est pour nous donner une raison de plus pour haïr ce lycée...Lorsque j'entre dans la classe, je constate qu'ils ont fait des changements dans l'agencement de la salle. Les chaises forment un cercle, nous allons tous nous fixer...génial...Je m'installe sur l'une des chaises et patiente jusqu'à que chacune d'elles soit occupée par un inconnu. Il y a la rousse de mon bus d'ailleurs. A ma droite je peux voir l'une des nouvelles amies de Camryn, elle doit sûrement tous nous juger à notre physique. Je la vois plisser les yeux lorsqu'elle regarde un garçon maigrichon en face de moi. Il n'a pas l'air très bavard mais au moins il est du genre à travailler, ce qui dans le futur lui servira d'avantage que les jugements de cette peste. C'est à cet instant que le prof décide de prononcer un valeureux discours sur l'ouverture d'esprit et le partage entre étudiants. Je cesse d'écouter à partir du mot "bonjour". Je regarde chaque élève autour de moi. Ils ont l'air de s'ennuyer eux aussi. La rousse, par contre, l'écoute, sourie lorsqu'il fait une blague, probablement ratée. Puis, nous devons tous nous présenter au reste du groupe. Il regarde chacun des élèves et fini par me pointer du doigt.  

    — Toi ! Dis-nous qui tu es ! Dit-il plein d'enthousiasme 

    — Je suis Ulysse Wilson, j'ai 18 ans, j'ai redoublé et j'aime écrire.  

    —Merci Ulysse, nous sommes ravis de faire ta connaissance !  

    Puis il continu avec une autre personne. J'essaie de voir avec qui j'aurai des chances de m'entendre. Il y a un garçon, plutôt beau gosse qui s'appelle Monroe, il est dans le club d'athlétisme mais je n'ai pas ce point commun avec lui, je l'oublie instantanément. Ensuite viens le tour du maigrichon, il s'appelle Hugg, il a 16 ans, c'est un surdoué comme on pouvait s'y attendre. Puis viens enfin le tour de la rousse. Elle s'appelle Hélia, elle a mon âge, elle a redoublé à cause de son déménagement, elle est passionnée par l'art. Cette dernière information m'interpelle. J'aime écrire, dessiner et la musique, on peut dire que j'aime l'art moi aussi. Je me fixe l'objectif d'aller l'aborder à la fin du cours, je veux apprendre à la connaître. Pendant que les autres élèves se présentent, je l'observe. Elle a les cheveux courts, d'un roux éclatant avec de magnifiques reflets. Elle porte un serre tette jaune pâle, assortit à ces chaussettes, jaunes également, avec de la dentelle. Sa robe est simple, blanche avec des petites fleurs bleues d'un pâle à peine visible. J'aime beaucoup son personnage, je ne la connais pas mais je me sens déjà proche d'elle. 


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  • A la fin du cours, si on peut appeler ça un cours, je décide de directement me lancer vers elle. Je lui fais un sourire et me présente.  

    — Salut, je suis Ulysse.  

    — Oui je sais tu t'es présentée... dit-elle à demi-mot 

    Je me rends compte qu'elle est très timide, mais je trouve ça adorable. Nous sommes l'exact opposé elle et moi. Elle semble vulnérable, tandis que moi je suis impulsive et un peu plus forte mentalement. J'ai besoin de personnes qui ne me ressemblent pas, sinon on s'ennuie, on se sent obligés de continuer et ça se fini comme avec Camryn, par un couteau dans le dos.  

    — J'aime l'art moi aussi.  

    — Oh, c'est super...tu sais, je t'ai vue me fixer pendant la séance. Pourquoi ?  

    — J'ai l'impression de te connaître, ça te dit qu'on traine ensemble ?  

    — Oui pourquoi pas.  

    C'est grâce à ce "pourquoi pas" que nous avons donc commencé à trainer ensemble, rien que toute les deux. Cette première semaine de cours fut légère à ces côtés. Je savais que notre relation ne serait pas compliquée. Hélia est fille unique, elle vit dans une résidence voisine de la mienne dans un appartement avec son père, ses parents sont divorcés. Sa mère est partie en France pour changer d'air et poursuivre sa carrière de peintre, l'appart d'Hélia est sûrement tapissé de ses créations. Elle passe son week-end à lire, peindre et elle pratique la danse. Difficile à croire qu'une fille aussi timide puisse être capable de se représenter sur scène. Lorsqu'elle me parle de sa passion, ses yeux s'illuminent. Je comprends alors que c'est dans l'art qu'elle fait la paix avec elle-même et qu'elle arrive à gérer son stress. Si seulement je pouvais trouver une telle échappatoire. J'ai déjà essayé la danse classique quand j'étais petite. Je n'aimais pas cette ambiance, devoir se plier aux règles, toujours chercher la perfection. Je souffrais physiquement et mentalement, donc j'ai arrêté au bout d'une année. Je sais que j'avais déçu ma mère ce jour-là, elle qui avait pratiqué pendant des années cette discipline. Mais c'est comme ça, et c'est trop tard maintenant. Un jour, alors que nous étions sur une table dans la cour du lycée pour déjeuner, je décide de parler à Hélia de mon rêve, celui que j'avais fait la vielle de la rentrée. Je lui décris tout : le miroir, les voix et les images. Ce genre d'histoires un peu surréalistes ça lui plait, elle est fan de ce style d'univers mystiques alors c'est comme si mon rêve était un potin croustillant dans son petit monde fictif.  

    — Tu penses que c'était quoi ? Une vision ? Me demande-t-elle. 

    — Oui peut-être. Je n'y crois pas vraiment mais c'est-ce que j'ai ressenti. 

    — Il faut attendre, si tu entends un garçon prononcer cette fameuse phrase c'est que notre intuition est bonne. Si tu ne l'entends jamais alors ce n'était qu'un rêve qui t'a un peu trop marquée. 

    Nous continuons à déguster notre plateau repas, essentiellement composé de légumes pour Hélia et de pizza végétarienne pour moi avec un supplément fromage comme à mon habitude. Ce qui rend notre amitié agréable avec elle, c'est qu'on n'a pas de règles, on ne se force pas. Nous avons plusieurs cours en commun, mais nous avons également des moments seules, durant lesquelles on peut aussi souffler un peu. Je ne suis pas du genre à rester collée à mes amis, comme si ma vie sociale en dépendait.  Notre prochain cours est 1 heure d'histoire avec notre professeur principal M.Lovegrant. Nous ne l'avions pas revu depuis la rentrée. Nous parcourons les couloirs en continuant à discuter de mon rêve jusqu'à que nous trouvions l'amphithéâtre où allaient se dérouler nos nombreuses heures de cours avec ce professeur. Je remarque qu'il n'est pas encore présent. Nous l'entendons courir dans le couloir, et soudain il débarque, une pile de livres dans les bras, les lunettes de travers et les cheveux en bataille. Il est craquant, brun, avec une barbe, il ne doit pas avoir plus de 25 ans. Cependant, cet apollon n'est pas M.Lovegrant, bien loin du vielle homme fripé qu'est notre professeur principal. Il pose ses affaires rapidement, se recoiffe et se place devant son bureau, debout face à nous tous. 

    — Bonjour à tous, je suis M.Lovegrant, eh oui c'est bien moi mais une génération en moins ! Je suis son fils. Je le remplace jusqu'à la fin de l'année, il a subitement décidé de partir en retraite. Dit-il, encore essoufflé. 

    — Bien commençons ! Aujourd'hui les différents représentants des clubs du lycée ont été conviés pour vous en parler ! Il me semble que peu d'entre vous sont inscrits dans des clubs, alors essayez de faire un petit effort, cela sera récompensé sur vos bulletins !  

    Je lance un regard vers Hélia, je sais qu'elle rêverait d'intégrer le club de théâtre mais il est déjà complet. S'en suit alors une parade d'élèves essayant de nous convaincre d'intégrer leur groupe. Il a le club d'informatique, les différentes équipes sportives du lycée, le club de science...que des trucs qui ne m'intéressent pas. Une fois cette tournée achevée, le prof renvois les différents élèves.  

    — Sachez que vous pouvez également former votre propre club ! Il devra être validé par moi-même et devra compter au moins 3 membres. Il ne reste plus beaucoup de salles à votre disposition donc si cette idée vous traverse l'esprit, dépêchez-vous.  

    Hélia me fait un grand sourire. Veut-elle former un club ? Je voudrais bien mais avec qui ? Et un club de quoi ? Lorsque nous sortons de la salle, elle se précipite pour qu'on en discute. Elle semble ravie de pouvoir s'occuper de quelque chose et qu'on puisse s'investir ensemble. Elle me prend le bras pour qu'on s'arrête. Nous sommes au milieu du couloir, pratiquement seules. Elle se met sur la pointe des pieds et me chuchote à l'oreille :  

    — On pourrait faire un club secret où on parlera de nos expériences...  

    — Mais de quelles expériences...je lui chuchote 

    Elle me regarde d'un regarder malicieux, comme pour me faire comprendre quelque chose...Elle évoque mon rêve évidemment ! Il est hors de question ! Je ne veux pas partager ce genre de choses dans un club. Hélia me comprend, mais ce n'est pas le cas de tout le monde dans ce lycée. Je secoue la tête et je remarque tout de suite une expression de déception sur son visage, comme si j'avais brisé ses ambitions. Je lui fais une tape sur l'épaule et nous nous dirigeons chacune de notre côté pour assister à notre prochain cours. Enfin une matière que j'apprécie, l'anglais ! La prof est plutôt bizarre, elle sautille partout autour de nous, comme si elle agitait une baguette magique. Nous visionnons une vidéo sur les ours polaires puis nous avons un débat sur la fonte des glaces. J'essaie de peser le pour et le contre, à propos de l'idée d'Hélia, sur le coin de mon cahier. Pour : cela nous rapprocherait, je pourrais m'exprimer, je découvrirais peut-être que je ne suis pas la seule. Contre : je n'aime pas grand monde, ça ferais bizarre et ça ne sera jamais accepté par M.Lovergrant. Quand la sonnerie retentit, j'aperçois mon amie dans le couloir en train de parler au professeur principal, ils hochent la tête et se serrent la main. Elle vient vers moi.  

    — Je lui ai parlé de mon idée pour le club, il est d'accord ! Il faut juste trouver un troisième membre pour commencer les réunions ! Je suis trop impatiente !  

    Mais elle voit bien que je ne le suis pas autant qu'elle. Cela m'effraie. Elle me prend la main.


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