• Ulysse

    Ulysse est une élève ordinaire. Suite à un séjour à l'hôpital pour des raisons inconnues, elle se retrouve seule pour sa dernière année de terminale. Une nuit, un rêve mystérieux, un destin qui se trace. Ulysse fera des rencontres inattendues et découvrira ce qui se réveille en elle..."Lumen In Vobis"

    Si tu as la flemme de dérouler la page entière voilà un sommaire : 

    {hors série}

    Chapitre 1- Pourquoi pas ?  extrait 1/2/3/4/5

    Chapitre 2- Qui es-tu ? extrait 1/2/3/4/5/6/7

    Chapitre 3- Dis moi extrait 1/2/3/

     

  • Chapitre 1. Pourquoi pas ?  

    Je m'appelle Ulysse. Banale, je ère dans les couloirs du lycée, les lèvres pincées, le regard porté vers le ciel me demandant de quoi pourrait être faite cette année scolaire, cette ultime année de terminale, stressante mais qui nous transperce en un éclair. Tandis que je me force à penser que je ne suis pas physiquement présente sur cette Terre, je me prends tous les élèves à la chaine dans les bras, on me bouscule de partout, mais je m'en fiche, telles seront ces prochaines dizaines de semaines. Je soupire, je soupire tellement fort qu'un garçon daigne se retourner vers moi après m'avoir percutée par derrière, sûrement pressé par le flot incessant de la rentrée. Il est roux, mais curieusement il n'a rien d'un petit intello cherchant à s'attribuer toute la sympathie des professeurs pour se redonner un peu plus confiance. Mais son regard fut bref, à peine quelques secondes plus tard je peux le voir disparaitre au fond du couloir. Peut-être a-t-il des amis lui... quelque chose que je ne possède pas moi. Je continue à marcher, sans avoir de réel but. Nous n'avons pas cours aujourd'hui et nous avons, pour la plupart, déjà rencontré notre professeur principal et avons déjà pu nous attribuer notre casier. Je commence alors à chercher le mien, comme chaque année je me retrouve dans ceux qui se trouvent au ras du sol, le genre de casier que je n'utiliserais donc jamais...trop peu pratique pour moi, je me contenterai de porter mon sac sur une épaule durant la pause déjeuner. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai un présentiment, comme si cette année allait être différente...Un dernier soupir et me voilà dehors. J'ai réussi, j'ai survécu à ma première journée de cours, même si personne ne m'a parlé et que je me retrouve encore une fois dans la classe de Cam, de son vrai nom, Camryn..c'est une de mes plus anciennes amies, enfin c'était...Notre amitié s'est terminée l'année dernière, j'avais raté plusieurs mois de cours,  ma dignité aussi, mais c'est du passé. Quand la sonnerie retentit, je reviens soudainement sur Terre. Jusqu'à maintenant j'avais pu profiter de cette journée dans mon monde à moi, mais me revoilà dans la réalité. Il est midi, la rentrée est terminée, inutile comme toujours. Mon père m'attend dans la voiture quand je sors du bâtiment. Il a apporté mon sandwich végétarien préféré du Bouldin Creek Cafe. Je m'empresse d'ouvrir la portière avant pour m'assoir à côté de lui.  

    — Sur une note de 0 à 10...je dirais que ta journée était de...4 ! 

    — Papa, sache que 4 est beaucoup trop surestimé pour un lycée aussi minable que le mien, dis-je en mordant dans mon repas.  

    — En tous cas, ta mère ne sera pas aussi sympa que moi quand tu rentreras, elle te posera des millions de questions, te demanderas s'il y avait des garçons, des nouvelles amies... 

    — On ferait mieux de rentrer, je préfère la confronter le plus vite dis-je sur le ton de la plaisanterie.  

    La voiture gronde un bon coup, et nous nous élançons sur la route, quittant dernière nous la foule d'élève, déjà pressés de rentrer chez eux. Dans la voiture, mon père ne cesse de chanter, entre deux insultes envers les autres automobilistes évidemment. Cela me redonne le sourire. Je regarde mon portable, j'ai un message, je ne le lis pas pour l'instant.  

    Nous arrivons après une vingtaine de minutes dans notre quartier. Des dizaines de maisons qui se succèdent, presque identiques, à leur poste comme des soldats. Certains élèves sont en train d'ouvrir la porte de leur maison, eux aussi raccompagnés par leurs parents. Je vois également les personnes âgées qui rentrent de promenade. La vie semble avoir repris son cours, après un été trop chaud, où rien ne se passe, c'est comme si tout le monde se réveillait. Lorsque je franchis le paillasson, ma mère est déjà là, prête pour un interrogatoire qui ne lui apportera pas grand-chose mais qu'elle pense nécessaire. J'aime ma mère, mais depuis mon séjour à l'hôpital ce n'est plus comme avant, elle veut me protéger, me montrer qu'elle m'aime et qu'elle sera toujours là pour moi. Mais en faisant ça, elle me montre qu'avant ce n'était pas le cas, car notre relation a changé depuis. Nous nous installons dans la cuisine pour que je finisse mon sandwich et mon père s'en va chercher mon frère à l'école, il a 4 ans. Généralement je déteste les enfants mais mon petit frère est la seule exception à la règle. Ma mère prend deux verres et nous serre un jus d'orange, elle me regarde quelques minutes manger puis fini par me questionner :  

    — Alors c'était comment ma puce ?  

    — Comme toutes les rentrées...  

    — C’est-à-dire ? Chérie, si cela s'est mal passé tu peux me le dire, je ne voudrais pas... 

    — Tu ne veux pas que je refasse les mêmes erreurs, dis-je en fixant mes mains serrées autour de mon verre. 

    Ma mère se tait, je finis mon jus d'orange et lui demande si je peux monter dans ma chambre. Notre discussion a été courte, tant mieux. Je balance mon sac sur mon lit, recouvert d'une couette en patchwork. J'allume ma guirlande lumineuse, quelques bougies et je me détend. Il n'y a que dans cette petite pièce que je me sens bien, à l'abri du monde, des autres. Longtemps j'ai vécu dans le noir complet, au chaud dans le creux de mes plaids, recroquevillée sur moi-même pensant que rien ne pouvait m'atteindre. Aujourd'hui j'aime éclairer ma chambre, créer un ciel étoilé sous lequel me reposer, mais j'ai pris conscience que ces quatre murs, qui font de mon repère ce qu'il est, ne me protègent pas. Malgré tous mes efforts, je reste une ado, connectée par le biais de mon téléphone ou de mon ordinateur portable. J'aime les utiliser mais pas en subir les conséquences. Il suffit d'une photo de mannequin, d'un post sur Facebook pour me rappeler que je ne suis pas parfaite, me montrer que je ne vaux rien. Je ne suis pas une fille "moche", quand je me regarde dans le miroir je vois une gamine, mince, avec des petits seins, qui n'a aucun style. Je porte un jean et un t-shirt noir tous les jours. Mes converses blanches sont les chaussons d'une danseuse étoile, indispensables. Mes cheveux longs, lisses et bruns sont ordinaires. Mes yeux noisette aussi. Je suis simplement Ulysse, la fille qui a redoublé car elle était à l'hôpital. Je ne suis pas canon, je suis banale. Ce soir je suis libre, je n'ai pas de devoirs, c'est un peu comme les dernières heures des vacances d'été avant de réellement retrouver la routine des cours. J'en profite pour écouter ma playlist entièrement et écrire dans mon carnet de poèmes. Je ne les ai jamais fait lire à quelqu'un, ils reflètent mon essence, la personne que je suis au plus profond de mon cœur, c'est beaucoup trop personnel. Parfois j'y ajoute des dessins, quand les mots ne suffisent pas. Le soleil se couche lorsque je lève les yeux de mon petit carnet rouge, brodé de mon nom avec du fil argenté. Je le range soigneusement dans sa cachette habituelle, à savoir sous mon matelas, et je m'allonge pour réfléchir. Pourquoi ai-je ce sentiment étrange ? Mon esprit est en alerte, comme s'il fallait se préparer à quelque chose d'unique, de spécial. On m'appelle pour prendre le diner en famille. C'est le rare moment de la journée où nous sommes tous ensemble, moi, maman, papa, mon petit frère Matty et notre chat Léonard qui se faufile entre nos pieds. Mes parents en profitent pour parler de leur journée et moi pour m'occuper de mon frère. C'était une soirée agréable, mais j'étais loin de me douter de ce qui allait m'arriver. J'ai du mal à m'endormir ce soir-là, c'est comme un rituel de passage quand une nouvelle année de galère est sur le point de débuter, cela m'arrive chaque année. Mais cette fois, je ne rêve pas d'un monde où un dinosaure me poursuit à travers une piscine municipale, non, c'est différent. 


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  •  Je suis dans une grande pièce, seule. Il y a devant moi un miroir, je porte une robe bleu ciel, mes cheveux sont impeccables, tressés en deux nattes symétriques de part et d'autre de mon visage au teint blafard, on distingue mes taches de rousseurs parsemées sur mon nez. Je m'approche de mon reflet, méfiante de ce qu'il pourrait se produire. Aucun son ne me parvient, je n'entends pas le bruit de mes pas sur le sol de verre nacré. Suis-je devenue sourde ? Tout semblait normal jusqu'à que je remarque que mon reflet s'ondule, formant désormais une aquarelle violette et bleue aux reflets argentés. On est passé mon reflet ? Qu'est-ce-que ce miroir représente ? J'ai toujours eu des rêves particuliers mais celui-ci me procure des sensations bien réelles, je sens mon pouls s'accélérer, les gouttes de sueurs tomber dans mon dos, les muscles de mon front se raidir, je fronce les sourcils. Je tends finalement mes doigts fragiles jusqu'au centre du mélange de couleurs cherchant à établir un contact avec la paroi du miroir mais je ne touche rien, c'est vide. Je décide alors de m'y introduire, ce n'est qu'un rêve après tout, il n'y a pas de danger à ce que je sache. Tout devient flou, j'ai l'impression de tomber mais je sens encore mon pied de l'autre côté du miroir. Dois-je continuer ? Oui. Je passe donc mon autre jambe et me voilà submergée. Puis, il ne se passe rien. J'avoue que je suis déçue. Mais, alors que j'essaie de ressortir, la sortie disparait. Se mélangent alors des images, des sons, j'entends des personnes discuter, elles parlent de moi. "Je connais Ulysse, elle n'est pas comme ça", c'est la voix d'un garçon que je ne connais pas. J'essaie de suivre les voix mais des visions m'arrêtent. Je vois deux filles, soignées, blondes et bien habillées parler dans un couloir du lycée. Mon lycée ! Elles regardent du coin de l'œil dans ma direction, mais je ne réagis pas comme d'habitude, je les vois de plus haut, comme si je n'étais pas dans mon propre corps, et je m'éloigne sans les regarder. Elles se moquaient clairement de moi, je le sais car j'entends leurs ricanements s'atténuer dans mon dos.  Dans cette situation je serais allée leur demander ce qu'était le problème, il n'y a aucune raison qu'on se moque de moi, je n'ai rien fait d'honteux. Les images s'effacent et j'entends de nouveau les voix. "Je connais Ulysse, elle n'est pas comme ça". Le garçon le répète encore et encore, je ne vois pas son visage, je l'entends seulement. Puis je vois de la lumière, j'entends un bruit court, répétitif, je sens mon corps se mettre en mouvement. Puis je n'entends plus que la voix et le petit bruit en écho, je me réveille en sursaut dans mon lit et je comprends alors quel était ce petit son insupportable. C'est celui de mon réveil de malheur.  

    En cette première matinée d'école, c'est déjà la panique à la maison. J'avais oublié ce que c'était de se réveiller alors que les voisins ne sont même pas encore allés chercher leur courriel, que les premiers rayons du soleil éclairent notre rue et d'entendre les cris de ma mère suppliant Matty de se dépêcher. Je m'habille aussi simplement que d'habitude, t-shirt blanc avec un jean noir troué et mes converses. Je prends mon sac sur mon épaule, quelques dollars pour mon repas à la pause déjeuner et je file dans la cuisine, me préparant psychologiquement à la tornade se formant au rez-de-chaussée. Maman me salue d'un sourire tout en essayant d'habiller Matty de sa toute nouvelle veste en jean beaucoup trop serrée. Ils finissent par s'en aller en express cinq minutes plus tard, me laissant seule dans un calme bien mérité après la bizarre nuit que j'avais passé. J'essaie de me préparer un déjeuner équilibré puis j'abandonne après avoir découpé un abricot pour finalement l'accompagner d'un bol de céréales Lucky Charms. J'essaie de ne pas penser à ce que j'ai entendu dans mes songes. Mais je ne vais pas me mentir, ça m'a réellement perturbée. Je ne sais pas qui était ce garçon... La sonnerie de mon portable interrompe mes pensées. J'ai reçu un message de Camryn.  

    Ulysse, si tu n'as personne avec qui passer le déjeuner n'hésite pas à me demander ! Xoxo, Cam 

    J'avais oublié à quel point cette fille avait recours aux smileys. Son sms en est littéralement infesté. Je ne compte pas accepter son offre, d'ailleurs je ne prends même pas la peine d'y répondre. L'horloge du micro-onde indique 7h42, je dois aller prendre mon bus. L'arrêt n'est pas très loin, c'est l'avantage quand on vit dans une résidence comme moi, beaucoup de familles y habitent, il y a donc des liaisons directes avec les établissements scolaires. Je montre mon ticket et m'assois côté fenêtre, derrière une fille rousse que j'avais croisé la veille dans ce même bus. Je me demande si elle est dans mon lycée. Je le saurais dans 20 minutes, le temps pour notre ligne d'être parcourue dans sa totalité, ramassant tous les élèves des environs passant par l'école primaire et ayant comme terminus, le lycée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris le temps de regarder le paysage à travers les grandes fenêtres de ce tas de ferraille. Il y a beaucoup de verdure par ici. Je constate que beaucoup d'élèves se rendent en cours à pied, cela doit être fatiguant. Je suis beaucoup trop fainéante pour ça. Nous finissons par arriver à destination et de toutes évidence la fille rousse est dans mon lycée. Mon premier cours est une heure sur la vie lycéenne, obligatoire chaque semaine. La classe change parfois mais nous sommes souvent en petits groupes qui resteront presque les mêmes durant l'année entière. Ces cours sont vus comme une occasion de lier les élèves, de se faire des amis. Personnellement je pense surtout que c'est pour nous donner une raison de plus pour haïr ce lycée...Lorsque j'entre dans la classe, je constate qu'ils ont fait des changements dans l'agencement de la salle. Les chaises forment un cercle, nous allons tous nous fixer...génial...Je m'installe sur l'une des chaises et patiente jusqu'à que chacune d'elles soit occupée par un inconnu. Il y a la rousse de mon bus d'ailleurs. A ma droite je peux voir l'une des nouvelles amies de Camryn, elle doit sûrement tous nous juger à notre physique. Je la vois plisser les yeux lorsqu'elle regarde un garçon maigrichon en face de moi. Il n'a pas l'air très bavard mais au moins il est du genre à travailler, ce qui dans le futur lui servira d'avantage que les jugements de cette peste. C'est à cet instant que le prof décide de prononcer un valeureux discours sur l'ouverture d'esprit et le partage entre étudiants. Je cesse d'écouter à partir du mot "bonjour". Je regarde chaque élève autour de moi. Ils ont l'air de s'ennuyer eux aussi. La rousse, par contre, l'écoute, sourie lorsqu'il fait une blague, probablement ratée. Puis, nous devons tous nous présenter au reste du groupe. Il regarde chacun des élèves et fini par me pointer du doigt.  

    — Toi ! Dis-nous qui tu es ! Dit-il plein d'enthousiasme 

    — Je suis Ulysse Wilson, j'ai 18 ans, j'ai redoublé et j'aime écrire.  

    —Merci Ulysse, nous sommes ravis de faire ta connaissance !  

    Puis il continu avec une autre personne. J'essaie de voir avec qui j'aurai des chances de m'entendre. Il y a un garçon, plutôt beau gosse qui s'appelle Monroe, il est dans le club d'athlétisme mais je n'ai pas ce point commun avec lui, je l'oublie instantanément. Ensuite viens le tour du maigrichon, il s'appelle Hugg, il a 16 ans, c'est un surdoué comme on pouvait s'y attendre. Puis viens enfin le tour de la rousse. Elle s'appelle Hélia, elle a mon âge, elle a redoublé à cause de son déménagement, elle est passionnée par l'art. Cette dernière information m'interpelle. J'aime écrire, dessiner et la musique, on peut dire que j'aime l'art moi aussi. Je me fixe l'objectif d'aller l'aborder à la fin du cours, je veux apprendre à la connaître. Pendant que les autres élèves se présentent, je l'observe. Elle a les cheveux courts, d'un roux éclatant avec de magnifiques reflets. Elle porte un serre tette jaune pâle, assortit à ces chaussettes, jaunes également, avec de la dentelle. Sa robe est simple, blanche avec des petites fleurs bleues d'un pâle à peine visible. J'aime beaucoup son personnage, je ne la connais pas mais je me sens déjà proche d'elle. 


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  • A la fin du cours, si on peut appeler ça un cours, je décide de directement me lancer vers elle. Je lui fais un sourire et me présente.  

    — Salut, je suis Ulysse.  

    — Oui je sais tu t'es présentée... dit-elle à demi-mot 

    Je me rends compte qu'elle est très timide, mais je trouve ça adorable. Nous sommes l'exact opposé elle et moi. Elle semble vulnérable, tandis que moi je suis impulsive et un peu plus forte mentalement. J'ai besoin de personnes qui ne me ressemblent pas, sinon on s'ennuie, on se sent obligés de continuer et ça se fini comme avec Camryn, par un couteau dans le dos.  

    — J'aime l'art moi aussi.  

    — Oh, c'est super...tu sais, je t'ai vue me fixer pendant la séance. Pourquoi ?  

    — J'ai l'impression de te connaître, ça te dit qu'on traine ensemble ?  

    — Oui pourquoi pas.  

    C'est grâce à ce "pourquoi pas" que nous avons donc commencé à trainer ensemble, rien que toute les deux. Cette première semaine de cours fut légère à ces côtés. Je savais que notre relation ne serait pas compliquée. Hélia est fille unique, elle vit dans une résidence voisine de la mienne dans un appartement avec son père, ses parents sont divorcés. Sa mère est partie en France pour changer d'air et poursuivre sa carrière de peintre, l'appart d'Hélia est sûrement tapissé de ses créations. Elle passe son week-end à lire, peindre et elle pratique la danse. Difficile à croire qu'une fille aussi timide puisse être capable de se représenter sur scène. Lorsqu'elle me parle de sa passion, ses yeux s'illuminent. Je comprends alors que c'est dans l'art qu'elle fait la paix avec elle-même et qu'elle arrive à gérer son stress. Si seulement je pouvais trouver une telle échappatoire. J'ai déjà essayé la danse classique quand j'étais petite. Je n'aimais pas cette ambiance, devoir se plier aux règles, toujours chercher la perfection. Je souffrais physiquement et mentalement, donc j'ai arrêté au bout d'une année. Je sais que j'avais déçu ma mère ce jour-là, elle qui avait pratiqué pendant des années cette discipline. Mais c'est comme ça, et c'est trop tard maintenant. Un jour, alors que nous étions sur une table dans la cour du lycée pour déjeuner, je décide de parler à Hélia de mon rêve, celui que j'avais fait la vielle de la rentrée. Je lui décris tout : le miroir, les voix et les images. Ce genre d'histoires un peu surréalistes ça lui plait, elle est fan de ce style d'univers mystiques alors c'est comme si mon rêve était un potin croustillant dans son petit monde fictif.  

    — Tu penses que c'était quoi ? Une vision ? Me demande-t-elle. 

    — Oui peut-être. Je n'y crois pas vraiment mais c'est-ce que j'ai ressenti. 

    — Il faut attendre, si tu entends un garçon prononcer cette fameuse phrase c'est que notre intuition est bonne. Si tu ne l'entends jamais alors ce n'était qu'un rêve qui t'a un peu trop marquée. 

    Nous continuons à déguster notre plateau repas, essentiellement composé de légumes pour Hélia et de pizza végétarienne pour moi avec un supplément fromage comme à mon habitude. Ce qui rend notre amitié agréable avec elle, c'est qu'on n'a pas de règles, on ne se force pas. Nous avons plusieurs cours en commun, mais nous avons également des moments seules, durant lesquelles on peut aussi souffler un peu. Je ne suis pas du genre à rester collée à mes amis, comme si ma vie sociale en dépendait.  Notre prochain cours est 1 heure d'histoire avec notre professeur principal M.Lovegrant. Nous ne l'avions pas revu depuis la rentrée. Nous parcourons les couloirs en continuant à discuter de mon rêve jusqu'à que nous trouvions l'amphithéâtre où allaient se dérouler nos nombreuses heures de cours avec ce professeur. Je remarque qu'il n'est pas encore présent. Nous l'entendons courir dans le couloir, et soudain il débarque, une pile de livres dans les bras, les lunettes de travers et les cheveux en bataille. Il est craquant, brun, avec une barbe, il ne doit pas avoir plus de 25 ans. Cependant, cet apollon n'est pas M.Lovegrant, bien loin du vielle homme fripé qu'est notre professeur principal. Il pose ses affaires rapidement, se recoiffe et se place devant son bureau, debout face à nous tous. 

    — Bonjour à tous, je suis M.Lovegrant, eh oui c'est bien moi mais une génération en moins ! Je suis son fils. Je le remplace jusqu'à la fin de l'année, il a subitement décidé de partir en retraite. Dit-il, encore essoufflé. 

    — Bien commençons ! Aujourd'hui les différents représentants des clubs du lycée ont été conviés pour vous en parler ! Il me semble que peu d'entre vous sont inscrits dans des clubs, alors essayez de faire un petit effort, cela sera récompensé sur vos bulletins !  

    Je lance un regard vers Hélia, je sais qu'elle rêverait d'intégrer le club de théâtre mais il est déjà complet. S'en suit alors une parade d'élèves essayant de nous convaincre d'intégrer leur groupe. Il a le club d'informatique, les différentes équipes sportives du lycée, le club de science...que des trucs qui ne m'intéressent pas. Une fois cette tournée achevée, le prof renvois les différents élèves.  

    — Sachez que vous pouvez également former votre propre club ! Il devra être validé par moi-même et devra compter au moins 3 membres. Il ne reste plus beaucoup de salles à votre disposition donc si cette idée vous traverse l'esprit, dépêchez-vous.  

    Hélia me fait un grand sourire. Veut-elle former un club ? Je voudrais bien mais avec qui ? Et un club de quoi ? Lorsque nous sortons de la salle, elle se précipite pour qu'on en discute. Elle semble ravie de pouvoir s'occuper de quelque chose et qu'on puisse s'investir ensemble. Elle me prend le bras pour qu'on s'arrête. Nous sommes au milieu du couloir, pratiquement seules. Elle se met sur la pointe des pieds et me chuchote à l'oreille :  

    — On pourrait faire un club secret où on parlera de nos expériences...  

    — Mais de quelles expériences...je lui chuchote 

    Elle me regarde d'un regarder malicieux, comme pour me faire comprendre quelque chose...Elle évoque mon rêve évidemment ! Il est hors de question ! Je ne veux pas partager ce genre de choses dans un club. Hélia me comprend, mais ce n'est pas le cas de tout le monde dans ce lycée. Je secoue la tête et je remarque tout de suite une expression de déception sur son visage, comme si j'avais brisé ses ambitions. Je lui fais une tape sur l'épaule et nous nous dirigeons chacune de notre côté pour assister à notre prochain cours. Enfin une matière que j'apprécie, l'anglais ! La prof est plutôt bizarre, elle sautille partout autour de nous, comme si elle agitait une baguette magique. Nous visionnons une vidéo sur les ours polaires puis nous avons un débat sur la fonte des glaces. J'essaie de peser le pour et le contre, à propos de l'idée d'Hélia, sur le coin de mon cahier. Pour : cela nous rapprocherait, je pourrais m'exprimer, je découvrirais peut-être que je ne suis pas la seule. Contre : je n'aime pas grand monde, ça ferais bizarre et ça ne sera jamais accepté par M.Lovergrant. Quand la sonnerie retentit, j'aperçois mon amie dans le couloir en train de parler au professeur principal, ils hochent la tête et se serrent la main. Elle vient vers moi.  

    — Je lui ai parlé de mon idée pour le club, il est d'accord ! Il faut juste trouver un troisième membre pour commencer les réunions ! Je suis trop impatiente !  

    Mais elle voit bien que je ne le suis pas autant qu'elle. Cela m'effraie. Elle me prend la main.


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  • — Ulysse, tout ira bien ! Nous pouvons choisir nos membres, si tu n'apprécies pas quelqu'un alors il n'intégrera pas le club, dit-elle en me souriant. 

    Je lui adresse le même sourire et nous traversons le couloir main dans la main, comme deux enfants. A la fin de la journée, nous décidons d'échanger nos numéros de portable pour pouvoir parler du club dans la soirée. Nous montons ensemble dans le bus, et nous nous séparons lorsque j'arrive à mon arrêt. Je peux l'apercevoir me faire un signe de la main depuis la fenêtre du véhicule et je l'observe s'éloigner avec lui. A cet instant, j'ai su qu'elle serait toujours là pour moi. 

    Mardi, cela fait deux semaines que les cours ont repris. Avec Hélia, nous parlons sans arrêt du club, des affiches que nous dessinerons pour le promouvoir, de ce qu'on fera une fois qu'on aura trouvé le troisième membre. Le soir, avant de nous coucher, on s'envoie nos idées et on en profite pour discuter de tout et de rien. Ce matin, à mon réveil je reçois un de ses messages :  

    A ce midi ! J'ai rêvé de toi cette nuit, je te raconterais ! H. 

    Ce midi, elle était encore plus excitée que d'habitude. Je ne sais pas si c'est à propos de son fameux rêve ou si c'est à cause de son thermos de café déjà presque terminé, mais j'ai hâte de savoir. Elle me fait signe de la suivre, nous marchons quelque minute jusqu'au parking. Au fond, il y a une vaste pelouse avec quelques bancs. Il n'y a personne, la plupart des élèves sont à la cafétéria ou sont partis dans un fastfood pour déjeuner, souvent se sont les footballers et leurs copines qui le font, ça leur donne un genre cool alors que finalement ils ne font que mentir. Nous sommes seules, pourtant il fait beau, il n'y a aucun nuage et la température nous permet de porter des vêtements légers, d'être encore libres de nos mouvements. Quand arrivera l'hiver, le lycée sera paralysé par le froid. Nous nous asseyons. 

    — Bon...tu me promets que tu ne te moqueras pas de moi d'accord ? Dit-elle. 

    — Je suis du genre à me moquer de toi ? Dis-je en lui souriant. 

    Je dis ça parce que dans ce lycée, la plupart des gens se moquent de tout le monde, même de leurs amis quand l'occasion se présente. Hier j'ai entendu Camryn critiquer son amie, celle qui était là lors de la première séance en groupe. Elle lançait des vannes sur ses cheveux, ses boutons, ses fesses qui sont, selon elle, trop plates...Ce n'est pas vraiment le genre de choses que je dirais à propos de mon amie, parce qu'une amie, on ne la trahit pas de la sorte. Si j'entendais quelqu'un dire des idioties ou du mal d'Hélia, je lui clouerais le bec.  

    — Non c'est vrai, tu es mon amie après tout. Dans mon rêve j'ai vu le même miroir que toi, dans une immense salle blanche. Le mien était rempli de lumière jaune, comme si le soleil était à l'intérieur.  

    — Et tu as aussi eu une vision ?  

    — Non, c'était différent...Je ne sais pas si je dois te le dire, j'ai peur que ce soit juste mon imagination trop débordante... 

    Il est vrai qu'elle est du genre parano parfois...Mais je tente de la convaincre :  

    — Écoutes, je ne pense pas qu'on puisse dire que nos rêves soient réels mais ils ne sont pas anodins, je suis sûre qu'ils ont une explication, alors en y réfléchissant ensemble on peut la trouver !  

    — Moi aussi je le pense ! Bon, alors lorsque j'ai touché cette lumière j'ai senti une étrange énergie...Comme si j'y était liée profondément et que je pouvais la contrôler.  

    — Elle provenait de quelque part ?  

    — Je pouvais sentir les parfums des fleurs et j'avais l'impression de marcher sur de l'herbe...Je crois que cette énergie provenait de la Terre.  

    Nous avons rêvé de la même chose mais différemment. Dans la même grande salle blanche, le même miroir mais nous n'avions pas eu la même expérience au sein de notre reflet...Cela m'intrigue. Comment est-ce possible ?  

    Dans les jours qui ont suivi l'annonce d'Hélia, j'ai eu beaucoup de mal à m'endormir. Ces rêves mystérieux m'effraient désormais. Je suis terrifiée, je ne veux pas refaire ce rêve. Il est 2 heures du matin, je n'ai pas dormi. Je décide de me lever pour prendre un verre d'eau. Le ciel est d'un noir profond, les étoiles brillent. Je me rends sur la terrasse pour l'observer. Je me demande si un jour je pourrais faire quelque chose d'aussi beau que ça...Je veux dire, nous sommes tellement ordinaires comparé à ce qui nous entoure. Hélia l'a toujours compris ça, elle me l'a dit le premier jour : "mirabilis in mundo", c'est du latin, cela signifie que le monde est merveilleux, enfin quelque chose du genre. Elle adore les citations latines, elle trouve qu'elles ont une âme magique, qu'on dirait des incantations. Je trouve aussi. Je prends mon ordinateur portable et cherche des mots latins pour en faire des poèmes, cela dure toute la nuit. Lorsque le soleil se lève, je suis dans mon lit, je me réveille doucement. Mon père m'a sûrement portée dans mon lit quand il m'a découverte sur la terrasse.  

    C'est le week-end, je n'ai rien de prévu. J'ai vraiment envie de retrouver un rythme normal. Je suis fatiguée de tout ce mystère, je ne suis pas habituée à ce genre d'expériences paranormales...Ces rêves, ce présentiment. Je brandis mon téléphone et j'appelle mon amie, la seule et unique, pour qu'on se voie. Je vais dans le garage, ce qui est très rare, et je prends mon vélo, ce qui est tout aussi exceptionnel. Nous avons rendez-vous à la bibliothèque pour faire des recherches sur ce que nous sommes en train de vivre toute les deux. Je pédale à toute vitesse, ça fait du bien de se dépenser. Mais au bout de 5 minutes je suis déjà crevée. Heureusement, le reste du trajet est en pente. Je descends à toute vitesse, j'ai l'impression de voler, j'enlève mes pieds des pédales et les tends sur les côtés, comme le font les enfants. Le vent plaque mon débardeur sur mon abdomen, caresse mon visage et balaye mes cheveux. J'adore cette sensation, je devrais le faire plus souvent. J'arrive à la bibliothèque, j'attache mon vélo et je rentre. Je m'y rendais lorsque j'étais petite avec mes parents. Nous empruntions des livres pendant une semaine puis nous les rendions. C'était un rituel familial. J'aperçois Hélia devant un ordinateur à travers les rayons. Elle se tient devant une pile énorme de livres à propos des rêves, des pouvoirs magiques et toutes sortes de bouquins sur le paranormal. Quand il s'agit de faire des recherches, elle ne peut plus s'arrêter. Nous commençons par éplucher les ouvrages, à la recherche d'explications, de significations aux miroirs dans le domaine onirique. Les seules choses que nous trouvons sont des légendes ou de mauvaises métaphores sur la conscience humaine...Le miroir illustre la capacité de l'homme à se dédoubler lui-même et à prendre du recul selon des textes philosophiques. Nous savons que le miroir n'est pas une illustration de nous-même mais un élément extérieur, quelque chose que nous ne connaissons pas, nos rêves ne sont pas des métaphores d'un mal-être intérieur, nous le savons. Cela fait déjà deux heures que nous sommes là, encerclées par des rangées de livres, dans un coin de la bibliothèque, à l'abris des regards. Cela me fait penser à ma chambre, je me sens bien ici aussi.  

    — Tu viens souvent dans cette bibliothèque Hélia?  

    — Je t'ai dit que je passais mes week-end à lire, et c'est ici que je le fais. Je n'aime pas vraiment rester chez moi, c'est trop étroit et puis j'y passe déjà trop de temps, dans ma chambre.  

    Elle pousse un petit cri. Elle tourne rapidement les pages et se met à lire rapidement. Je vois ses yeux aller de droite à gauche d'une vitesse étonnante. Elle se tourne vers moi, bouche bée.  


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  • — Tu as trouvé quelque chose ?  

    Elle vient s'assoir par terre à côté de moi. Nous tenons le livre devant nous. Il y a de petits dessins, des mots que je ne comprends pas. C'est une autre langue.  

    — "Speculum habet in potestate", le miroir renferme un pouvoir. Je comprends aussi d'autres trucs et je crois que c'est ce qu'il nous faut !  

    Hélia m'explique ce qu'il est écrit. Le miroir qui apparait dans notre rêve renferme un pouvoir, ce pouvoir provient, selon le livre, de nous mais il n'explique pas sa nature. Il n'est pas précisé qu'il se trouve dans une grande salle blanche mais il est indiqué que son contenu n'est jamais le même et qu'une personne ne peut le voir que s'il y a un pouvoir présent en elle. C'est une sorte de cachette.  

    —Ulysse, tu penses que nous avons des pouvoirs ? Toi celui de prédire l'avenir et moi celui de contrôler la Terre ?  

    Je la vois trembler, elle a peur. Moi aussi. Cela peut paraitre insensé mais ce que dis ce livre est logique, il traduit bien ce que nous avons ressenti dans nos songes. Ce miroir nous procure quelque chose et depuis que nous l'avons franchi, notre vie n'est plus la même. Il nous hante. Je prends les mains d'Hélia. Nous nous taisons quelques minutes pour encaisser ce que nous venons de lire. Devons-nous réellement y croire ou non ? Je ne sais pas, je suis perdue. J'aimerai en savoir plus pour mieux comprendre. Nous apportons le livre à la documentaliste pour avoir des informations sur l'auteur et la fiabilité de ce qui est écrit. Mais, lorsque nous lui tendons, elle remarque qu'il n'est pas codé. Normalement, chaque livre possède un numéro inscrit sur une étiquette collée à l'intérieur. Elle nous regarde comme si nous étions responsables. Je lui explique que nous n'y avons pas touché.  

    — Si ce n'est pas vous alors quelqu'un a dû le laisser là. De toutes façons je ne retrouve pas ce titre dans la banque de données. Et puis ça veut dire quoi ce charabia, "Mundus in corde" ?  

    — C'est du latin...Vous devriez le savoir, vous travaillez dans une bibliothèque quand même... sermonne Hélia.  

    — Je n'ai pas que ça à faire mademoiselle ! Si le livre vous intéresse tant...alors... prenez-le tient ! Bon débarras ! Maintenant fichez moi la paix. 

    Pour qui elle se prend ? Je lui adresse un sourire hypocrite. Nous retournons dans notre coin, je vérifie qu'elle ne nous voit pas et je prends la main d'Hélia. Je pose mon doigt sur ma bouche pour lui faire comprendre de ne pas faire de bruit. Nous nous dirigeons vers la sortie sur la pointe des pieds et une fois dehors nous courons prendre mon vélo. Une fois arrivées en haut de la rue, j'éclate de rire. Je voulais laisser le petit coin en désordre, elle ne s'attendra pas à la tonne de livre étalés par terre, c'est bien fait pour elle. J'imagine sa tête de morue se décomposer devant un tel bordel. Cela me fait rire de plus belle. Hélia se met à rire aussi. Je lui propose de s'assoir sur le porte-bagage et je pédale jusqu'à l'arrêt de bus où je la dépose. Je lui tends le livre que j'avais posé dans mon panier. Il est plus lourd que ce que je pensais. Il doit bien faire 400 pages. Nous nous disons aurevoir, le ciel est magnifique. Encore un bon souvenir avec mon amie, je dirais même, ma meilleure amie. Le bus arrive, elle n'est plus là. Je ne remonte pas tout de suite sur mon vélo. J'en profite pour passer par le chemin pédestre qui traverse la forêt longeant ma résidence. Je ne suis jamais passée par là, pourtant tout est magnifique. Les oiseaux chantent, le soleil rayonne de ses derniers éclats aux couleurs orangées, mélangées au rose des nuages. Je pourrais rester là à le contempler jusqu'à la fin de ma vie. J'aimerai voler dans ce ciel de couleurs. Je vérifie l'heure sur mon portable, il est 19 heures, je suis partie trop longtemps. J'enfourche mon vélo et je rentre à la maison. Matty est en train de jouer dehors quand je parviens par le jardin. Il est avec le chat, il le caresse, se roule dans l'herbe comme lui. C'est adorable. Je reste avec eux jusqu'à que la nuit tombe. Nous rentrons. Ce soir je suis de bonne humeur. Je discute avec mes parents, ils en sont étonnés. Je prends ensuite un bon bain et je me couche. 

     

    J'ouvre les yeux mais je ne reconnais pas mon plafond. Il est blanc, brillant comme s'il avait été lavé pour scintiller à mon réveil. Je me lève, je vois encore flou. Je pose mon pied à terre mais je l'enlève immédiatement, le sol est glacé. Cela m'a fait sauter d'un bon. Je reprends conscience petit à petit. J'entrevois un long couloir blanc. Non ! Non, tout mais pas ça ! J'essaie de fermer les yeux pour me rendormir mais l'air devient froid, je grelotte. Je ne peux pas rester ici, je ne veux pas refaire ce rêve. Hélia est peut-être aussi de vivre la même chose que moi à cet instant. Je ne peux pas me cacher éternellement, il faut que l'on sache ce qui est caché ici. Je me lève et commence à marcher dans la salle. Tout est blanc mais je ne vois pas le miroir. Soudain, les murs s'effacent, perdent de leur blancheur pour devenir translucides. Je regarde vers la gauche, il y a une autre salle comme la mienne. Je m'apprête à aller inspecter les parois quand j'entends un bruit sourd venant de ma droite. Je fais volte-face dans cette direction. Je n'en crois pas mes yeux, je ne peux pas. Il y a une autre salle également à ma gauche, mais dans celle-ci se trouve ma meilleure amie, Hélia.  


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  •  Chapitre 2Qui es-tu ?  

    Je cours jusqu'au mur transparent pour la rejoindre. Je peux voir des larmes couler de ses yeux, peut-être que je pleure moi aussi. Je suis à la fois soulagée et paniquée de la retrouver là. Une chose est sûre, tout ceci est bien réel. Nous sommes chacune de notre côté, dans une salle identique. Cette fois, il n'y a pas de miroir. Soudain, une trappe s'ouvre dans la salle d'Hélia. Quelques secondes plus tard, une autre s'ouvre dans la mienne. Nous devons nous séparer pour aller voir ce qu'il se passe. Je la regarde, elle sait que j'ai peur mais nous nous redonnons du courage. Je traverse la pièce jusqu'à un plateau sortant du mur. Dessus, sur un coussin de velours bleu ciel se trouve une fine chaîne en argent. Je suppose que je dois la prendre. Je l'enfile autour de mon cou, mais à cet instant je sens une petite décharge électrique parcourir tout mon corps. Une lumière violette s'émet tout autour de mon cou, elle semble provenir de la chaîne. Je regarde Hélia, il se produit la même chose à son poignet mais la lumière est jaune. Puis, plus rien, les bijoux s'éteignent tous les deux. Je regarde mon cou, une petite plume s'est ajoutée à la chaîne créant un collier. Je rejoins mon amie contre le mur qui nous sépare et nous inspectons nos accessoires. Nous ne pouvons pas nous entendre alors nous nous contentons de regarder. Hélia porte un bracelet fait de fils d'or et d'argent, entourés de fils de soie où sont accrochés des grelots de bois et de petites pierres précieuses. Il est somptueux. Il représente l'énergie de la Terre comme nous l'avions compris grâce à son rêve, nous en avons la preuve. Le mien ne signifie pas grand-chose, peut-être la plume pour mes poèmes mais quel rapport avec mes visions ? Je fixe Hélia, je me plonge dans ses yeux chocolat aux reflets roux rappelant les tons de sa chevelure. On dirait des flammes. Nous ne nous quittons pas des yeux, je sens mes paupières s'alourdir et mon corps tomber à terre. Ça y est, c'est fini, nous repartons chez nous. 

    Je le sais maintenant, d'où venait se présentiment. Cette année a à peine commencée qu'au bout d'un mois je suis déjà embarquée dans une histoire toute droit tirée de films fantastiques. Qu'est-ce-qui ne va pas chez moi ? Pourquoi moi ? Je prends mon téléphone sur ma table de chevet pour vérifier mes messages. Hélia ne m'a rien envoyé, mais j'ai un message qui date de la rentrée, je l'avais complètement oublié. J'espère que ce n'était pas urgent car j'ai un mois de retard pour y répondre. L'expéditeur est anonyme... 

    Lumen in Vobis  

    Je suis étonnée, je m'attendais à un truc stupide ou à un canulard. Je regarde sur internet ce que cela signifie, je suis sûre que c'est du latin ! Ça l'est. "La lumière est en toi". Qui m'enverrai ça ? Étais-ce une mise en garde sur ce qu'il allait m'arriver ? De toutes façons je ne l'aurais pas compris sans avoir fait mon rêve. Je ne sais même pas si cela a un lien avec cette histoire de pouvoirs d'ailleurs. Ce n'est rien, juste une coïncidence. Je me rends dans ma salle de bain pour me laver le visage et me brosser les cheveux. Je me regarde dans le miroir comme tous les matins mais je remarque que le collier est autour de mon cou. Comment ? Comment peut-il être réel ? Je respire trop rapidement, je tourne en rond dans la pièce. Je tape le numéro d'Hélia sur mon téléphone et l'appelle. Il faut qu'on se voie pour parler de tout ça, il faut que je sois sûre qu'elle le voit aussi, que je ne deviens pas folle. Elle ne répond pas. Je m'assoie sur mon lit et je fais le point. Je viens de découvrir que nos rêvent sont certainement réels, que j'ai peut-être des pouvoirs et qu'une personne anonyme m'a envoyé un sms en latin comme par hasard en parlant de lumière...Et en plus je n'ai rien foutu en un mois de cours...J'ai été trop perturbée pour travailler et je m'amusais bien avec Hélia pendant les pauses et le week-end. Je soupire.  

    —Chérie ! On part dans 5 minutes ! Crie Papa depuis le hall d'entrée.  

    Je ne suis pas du tout prête. J'enfile mon jean de la vielle, une chemise kaki que je rentre dans mon pantalon et prend mon sac. Nous sommes en retard, il y a des bouchons sur la route. Mon père insiste tous les matins pour partir plus tôt, c'est pour cette bonne raison. Un bisou, un signe de la main et je descends de la voiture en courant vers le bâtiment C. Cette journée ne débute pas vraiment bien. J'ai cours de maths, l'une des matières que je déteste. Les couloirs sont vides. Le bruit de mes pas sur le sol du lycée et de ma respiration saccadée ont probablement fait sursauter tous les élèves assoupis sur leur bureau. Désolée. Je tourne dans le couloir... enfin j'aurais dû. Je suis à terre, heureusement j'ai atterri sur mes fesses. Je me suis évanouie ou quoi ?  

    — Pardon je ne t'avais pas vue. Dit-une voix. 

    Je ne comprends pas tout suite qu'on me tendais la main. Je suis un peu sonnée. Je me relève en titubant. Ma vue s'éclaircie, il s'agit d'un garçon. Je reconnais le blouson rouge du lycée et le logo de la mascotte de l'équipe de foot. Ce garçon fait partie des privilégiés, les populaires comme on dit. Je parviens enfin à discerner son visage. C'est le roux ! Celui de la rentrée. — Tu vas bien ? Je ne pensais pas que t'allait tomber. Dit-il en souriant. Je rêve où il se moque de moi ?  

    — Moi non plus. Bon je dois y aller je suis déjà suffisamment en retard là donc...salut !  


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  • Je m'éloigne en courant. J'arrive dans la salle essoufflée, tout le monde me regarde. Hélia n'est pas là. Le cours est super ennuyant...La prof ne cesse de nous dire que chaque détails des démonstrations mathématiques sont importants, que tel chapitre est nécessaire pour les examens de fin d'années. Je suis inquiète pour mon amie...En sortant du cours je lui envoie un message lui demandant des nouvelles. Je mange seule ce midi-là, c'est la première fois. Ça fait bizarre, la journée passe lentement et j'ai l'impression que les cours reprennent une place dans ma vie. C'est vrai que, lorsque je suis avec elle, le lycée n'existe plus. Nous sommes dans notre monde utopique. J'étais plongée dans mes pensées quand quelqu'un me tape sur l'épaule. Camryn se tient derrière moi, tout sourire.  

    —Alors Ulysse, tu es toute seule ? Tu veux te joindre à nous peut-être ?  

    Elle pointe son doigt vers une tablée de joueurs de foot et de cheerleaders. Je n'ai à peine le temps de répondre que je la vois prendre mon plateau et l'apporter à leur table. Je n'ai pas le choix, je dois faire ce sacrifice. "Aller Ulysse, tu vas survivre. Ce n'est pas comme si ce genre de personnes étaient ton exact opposé et que tu les trouvais ridicules." J'essaie de me faire aussi discrète que possible mais c'est compliqué quand une grande blonde te force à participer à la conversation.  

    — Les gars voici Ulysse, on trainait ensemble quand on était au collège mais les temps changent...On est tout de même restées potes, n'est-ce-pas P'tit Loup ? Déclare Camryn à toute sa clique.  

    P'tit Loup était mon surnom. La première fois qu'elle m'avais surnommée de la sorte, on devait avoir 6 ans, on jouait au Petit Chaperon Rouge, j'étais, sans surprise, le méchant loup de l'histoire. Aujourd'hui il n'a plus aucune signification car nous n'avons absolument pas gardé contact comme elle ose le prétendre, et ne nous croyons plus aux contes. Je me contente de leur sourire et je continue à manger.  

    — Tu te rappelles de moi ? Dit le roux. 

    — Oui, tu m'as bousculée dans le couloir, mes fesses s'en souviennent encore.  

    Tout le monde rigole. Au moins ils ne sont pas trop méchants, enfin pour l'instant. Camryn le rejoint de l'autre côté de la table et s'assoie sur ses genoux. Elle se met à l'embrasser. Ils s'embrassent. Encore et encore. Personne ne trouve ça gênant mais moi oui. J'entends des petits bruits de bave, leurs lèvres qui se collent et se décollent. Ça me coupe la faim. Je n'ai jamais été en couple, je viens de saisir pourquoi. Cependant, je n'aurais jamais imaginé ces deux-là ensembles. Ils cessent enfin leur embrassade et finissent par manger leurs tacos au fromage.  

    — J'ai rencontré Peter cet été pendant mon stage à la piscine. Il était maitre-nageur. Trop sexy ! Piaille-t-elle.  

    — Et toi en maillot de bain t'étais top canon bébé. Lui répond Peter.  

    Et ils recommencent à s'embrasser. Je n'ose même plus les regarder de peur de leur vomir dessus. Ils sont collés l'un à l'autre pendant tout le déjeuner. Le pire c'est qu'ils viennent de manger, ça ne doit pas être super propre ! Ils devraient aller voir sur internet si ce genre de pratique n'est pas mortelle...en tout cas, elle est en train de me tuer de dégout. Je ne comprends pas.  

    Je ne revois pas Hélia pendant une semaine entière. Elle m'a envoyé un sms m'expliquant qu'elle était tombée malade, une fièvre apparemment. Elle précise que tout va bien et qu'elle pourra revenir au lycée dans quelques jours. Je me sens seule sans ma petite latiniste. Je m'ennuie d'elle. Je suis obligée de manger avec Camryn et ses clones, je les appelle les Cams. Elles sont toutes blondes, enfin sauf Camryn qui s'est fait teindre les cheveux. Les garçons font presque tous partie d'une équipe du lycée. Je suis la seule brune et je suis la seule qui n'est pas populaire. De plus, notre projet de former un club avec Hélia est en train de se dissiper. Je n'ai pas fait grand-chose pour l'empêcher. Et puis, ce n'est pas vraiment de ça que veut me parler M.Lovegrant à chaque fois que je le vois. En ce moment, il veut souvent que je le consulte dans son bureau pour parler de mon avenir, de mes notes. Aujourd'hui, je dois le consulter pour la quatrième fois en une semaine. Je dis aurevoir aux Cams et je me dirige à la porte 006, bureau du prof principal des terminales A. Lovegrant Junior, un surnom que les élèves lui ont donné, m'attend un café chaud à la main.  

    — Ah te voilà ! Je t'attendais. S'exclame-t-il. 

    Je m'assois en face de lui. Il ouvre mon dossier scolaire, comme s'il ne le connaissait pas déjà.  

    — Ulysse...Je ne sais pas si tu t'en rends compte mais tes résultats sont pour le moment...Insuffisants.  

    — Monsieur, je sais que je ne suis pas brillante. Mais ne vous inquietez pas.  

    — Si je m'inquiète ! C'est mon rôle de t'aider. Que veux-tu faire plus tard ?  

    Je n'y avais jamais vraiment réfléchi, à mon avenir. Il me pose une colle là. En réalité, je n'en sais rien, j'ai pas envie de savoir.  

    — Je n'en sais rien. J'aime peu de choses mais je ne veux pas en faire mon métier.  

    —  D'accord. Essaye d'y réfléchir avant le mois de mars s'il te plait.  

    — C'est dans longtemps ! Je trouverais d'ici là.  

    Je quitte le bureau mais M.Lovergrant me retiens.  

    — Si tu pouvais prédire l'avenir ce serait plus simple. Dit-il, un sourire au coin des lèvres.  

    Je ne réponds pas et referme la porte.


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  • Il est un peu bizarre ce prof parfois...Il plaisantais mais ça se trouve je peux réellement prédire l'avenir. Je le saurais, si j'entends un jour ce garçon prononcer cette phrase "Je connais Ulysse, elle n'est pas comme ça". Je retourne aux casiers, je n'utilise pas le mien mais celui de Josie, l'une des Cams. Elle me le prête car elle ne l'utilise pas, ce genre de filles ont trop peur que les gens leur piquent leur précieux gloss ou je ne sais pas quel autre produit indispensable pour qu'elles restent toujours parfaites, donc elles gardent leur sac à main au bout du bras.  Je rejoins la bande dans la cour, ils sont à leur table habituelle, celle qui leur semble réservée. Je m'installe à côté de Marcus, un grand brun à la peau mate, aux yeux noisette comme les miens, c'est un autre joueur de foot. Ils parlent de trucs futiles comme les détails de leur prochaine soirée, la couleur des gobelets en plastique, qui seront les victimes de leurs multiples farces. Je ne reste pas très longtemps. Les cours sont terminés, je décide donc de rentrer chez moi.  

    Aujourd'hui il fait pour la première fois un peu plus froid. L'été s'en va doucement, et Hélia aussi. Cela fait déjà des semaines que je ne l'ai pas vue. Nous nous envoyons des messages tous les jours mais ce n'est pas pareil. On est samedi, je pourrais lui rendre visite... Je rejoins mon père dans la cuisine pour lui demander de m'emmener chez mon amie. J'enfile un pull jaune poussin, un clin d'œil à sa couleur préférée, je porte toujours le collier de notre rêve, je ne sais pas si elle porte son bracelet elle.  

    Nous partons aux alentours de midi, j'ai prévenu Hélia que nous arrivions. Mon père me dépose devant un grand bâtiment à l'architecture sobre. Le bâtiment est simplement rectangulaire, gris avec des fenêtres de toutes les couleurs. Cependant, les habitants semblent prendre plaisir à décorer leurs balcons et l'encadrement de leurs fenêtres. Je peux voir des toiles indiennes, des guirlandes et des multiples poufs à travers les barreaux des loggias. Une femme est en train de fumer à sa fenêtre, elle a posé des fleurs en pot sur le rebord de sa fenêtre ainsi que des statuettes africaines. J'aime beaucoup l'âme de cet immeuble. Lorsque j'entre par la porte principale, un homme accompagné de ces quatre enfants sort de chez lui. Il m'adresse un grand sourire que je lui rends. Les enfants se tiennent tous la main, le plus grand doit avoir 7 ans. Je les entends chuchoter. "Regarde son collier, il est trop joli" dit le petit garçon à sa petite sœur. Cela me fait penser à Matty. Quand il est né j'avais déjà 14 ans. Nous n'avons pas grandi ensemble comme ces enfants, c'est dommage. J'aurais vraiment apprécié parler à mon frère comme ce petit môme le fait avec sa frangine.  

    Je parviens à une porte ornée d'une applique en cuivre affichant un 8. Je ne connais pas le nom d'Hélia...Je suis une meilleure amie en carton ! Je sonne, perplexe. Un homme ouvre la porte doucement. Il est roux, pas très grand, mince, avec une barbe de trois jours et il a de magnifiques yeux verts. Il pore une chemise à motifs hawaiien et un pantalon kaki. Il semble décontracté.  

    — Bonjour...heu...Je m'appelle Ulysse... 

    — Oh Ulysse ! Entre ! Hélia me parle de toi tous les jours. Me dit-il avec un grand sourire faisant apparaître ses fossettes.  

    Je pénètre dans le hall d'entrée des Summers, je connais enfin son nom de famille désormais. L'appartement est sublime. Comme je m'en doutais, les murs sont tapissés d'œuvres d'art, de peintures sûrement esquissées par sa mère. Le sol est couvert de nombreux tapis aux allures orientales. Les étagères et les meubles sont garnis de bibelots en tout genre. C'est comme si le monde entier était venu déposer un objet ici, que toutes les merveilles du globe étaient en ce lieu. Monsieur Summers m'accompagne jusqu'à la porte de la chambre d'Hélia. Je toque timidement.  

    — Tu peux entrer ! Crie-t-elle 

    Je m'introduis alors dans la petite pièce. Les murs sont recouverts de peintures, de paysages dessinés au cours du temps. J'y vois des couleurs et des lumières que je n'avais encore jamais pu discerner dans mon quotidien...Ce mélange est peint d'une telle manière que nous avons l'impression que le mur ondule et bouge, comme s'il respirait. La chambre est très lumineuse, il y a une gigantesque fenêtre au-dessus du lit, recouvert de coussins et de peluches. Hélia se tient devant son bureau, entourée de pots remplis d'eau aux diverses couleurs, sûrement utilisés pour son art.  

    — Salut... comment ça va ?  

    — Oh Ulysse ! S'exclame-t-elle en se jettent dans mes bras. Tu m'as manqué !  


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  • Nous nous installons confortablement sous sa couette, l'une contre l'autre. Elle me raconte ses deux dernières semaines, cloitrée dans sa chambre à peindre. Je remarque pour la première fois qu'elle n'a pas les cheveux repoussés en arrière. Généralement elle porte un serre-tête. Ses cheveux sont encore plus bouclés comme ça, cela accentue les traits de son visage, ses sourcils foncés et sa mâchoire carrée.  

    — Bon, tu comptes me dire quand tu reviendras en cours ? Je te signale que je suis obligée de trainer avec Camryn et ses potes... Tu me manques !  

    — Normalement je reviens lundi. 

    Dans deux jours tout reviendra à la normale, je retrouverais ma meilleure amie, je suis heureuse. Je lui propose qu'on sorte. Elle enfile une veste beige et une écharpe bordeaux assortie à sa jupe patineuse. Nous descendons les escaliers de l'immeuble à toute allure. Nous faisons des courses, nous nous reposons quelques minutes sur un banc et nous repartons en direction de la ruelle. Le ciel est devenu rose, je le préfère comme ça. Nous nous rendons jusqu'à l'arrêt de bus où nous continuons à discuter de tout et de rien. Soudain, plus rien ne se passe. Hélia se tait, moi aussi.  

    Je ferme les yeux pour profiter de cette soirée. Il fait bon, l'hiver n'est pas encore là mais il s'approche peu à peu. Tout à coup, un bruit m'interrompt dans ma méditation. Un sanglot, un tremblement que je ressens près de moi, le son de sa respiration qui s'accélère. Hélia se met à pleurer, elle est tétanisée, elle ne bouge pas mais je sais qu'elle lutte pour ne pas s'effondrer sur mon épaule. Je la regarde, je ne sais pas quoi faire, je suis nulle pour ça. Consoler, rassurer, ce n'est pas mon truc. Je tente malgré tout.  

    — Qu'est-ce qui se passe ? Ça ne va pas ?  

    Pas de réponse.  

    — Hélia je suis là, tu peux me parler... 

    Je ne suis pas très convaincante, pourtant je le pense vraiment. Elle finit par se calmer et pose sa tête sur mon épaule. Elle prend une grande inspiration :  

    — Je... je voulais t'en parler mais c'était trop dur. Je ne veux pas te causer des ennuis...Ulysse j'ai eu des problèmes au lycée...des gens se sont amusés à me dire des choses... 

    — Quoi ? Quelles choses ? Dis-moi... 

    — Ulysse... Je n'aime pas les garçons comme toi, je suis différente tu comprends ?  

    — Oh...Hélia... 

    — Les gens du lycée ont remarqués que je ne regardais que les filles et puis ils ont vu l'un de mes dessins. J'avais représenté deux filles qui s'entremêlent... C'était personnel, je voulais juste dessiner ce qui illustrait l'amour pour moi ! Mais ils l'ont utilisé contre moi !  

    Maintenant elle ne pleure plus, elle crie. L'angoisse a fait place à la colère. Elle continue tout de même à sangloter et les larmes n'ont pas cessé de couleur 

    — J'avais peur que les gens disent des choses sur toi... qu'ils racontent des choses fausses sur nous deux...Et tu es ma meilleure amie, rien d'autre.  

    Elle sanglote, pleure de nouveau. Je suis dégoutée, dégoutée par ses élèves, par leur méchanceté ! Comment peut-on s'en prendre à une personne si pure et bonne qu'Hélia. Maintenant c'est moi qui suit prise d'une colère noire, je veux me venger.  

    — Qui t'a fait ça ? Je lui demande 

    Elle hésite à me répondre. Elle a le regard fuyant. Elle semble gênée, comme si je n'étais pas apte à l'entendre. Mais j'ai déjà compris, elle le sait. Je la fixe, elle croise mon regard, ses yeux sont rouges. Mon père arrive en klaxonnant. Je monte contre mon gré dans la voiture, faisant un signe de la main vers mon amie. Comment ai-je pu être si aveugle ? Je n'ai rien vu venir ! J'aurais dû le remarquer et voir que ça n'allait pas. Soudainement, un souvenir me revient, celui d'une pause déjeuner. C'était il y a trois semaines, nous n'avions pas beaucoup de cours ce jour-là, alors nous avions décidé de manger dans la salle de théâtre, le seul endroit du lycée disposant d'un système d'aération.  

    — Tu veux qu'on aille sur la scène ? Je sais que tu voulais intégrer le club d'art dramatique. Lui-avais-je proposé  

    — Oh oui ce serait cool ! S'était-elle exclamée. 

    Nous avions parcouru les rangées de fauteuils rouges en chantonnant des mélodies imaginaires, songeant à nos futures aventures qui se produisaient dans notre sommeil. Tout était si doux, nous n'avions pas de problèmes, nous étions juste nous, ensemble, unies, laissant le temps filer. Hélia m'avait pris la main en criant "Allons sous les projecteurs !". Il n'y avait personne, alors elle s'est mise à danser. Je ne l'avais jamais vue ainsi, aussi libre. Elle enchaînait les pas, les sauts. Elle était magnifique. Assise, je me sentais honorée. Comme quelqu'un de spécial, une personne particulière, parce que j'étais amie avec une exception.  

    — Ce serait tellement plus simple si tout le monde pouvait être comme toi Ulysse. Si les gens pouvaient comprendre que certaines choses sont parfois différentes mais n'en sont pas pour autant des crimes.

    Après ça, elle avait arrêté de danser, s'était assise près de moi, posant ses jambes sur les miennes. Nous étions bien. Tout allait bien. C'est-ce que je croyais si fort alors qu'Hélia n'allait pas bien. Je m'étais contentée de lui sourire, sans poser de questions, car pour moi elle était trop pure pour qu'on puisse s'en prendre à elle.  

    Mon père interrompt le fil de mes pensées subitement.  


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  • — Tu devrais inviter cette fille à la maison, elle a une bonne influence sur toi.  

    — Comment ça ?  

    — Depuis que vous êtes amies, tu ne fais plus la gueule, tu sembles revivre. Dit-il en me souriant, en posant sa main sur mon épaule.  

    — Je lui demanderais de passer un de ces quatre.  

     

    On est lundi, je retrouve Hélia dans le bus, elle est beaucoup plus souriante et porte son serre-tête bleu préféré avec une marinière et une jupe blanche. A côté j'ai l'air d'à peine sortir du lit, vêtue d'un simple sweat à capuche noir, d'un jean taille haute et de mes converses. Pour une fois, j'ai attaché mes cheveux. Nous parlons de tout et de rien durant le trajet. Hélia prend le soin de me rappeler constamment que nous avons des devoirs, généralement elle m'envoi directement un sms pour me faire un récapitulatif de la journée. Grâce à elle j'aurai peut-être une infime chance d'avoir mon diplôme qui sait ?  

    Nous en venons à parler de M.Lovergrant.  

    — Au fait, je ne t'ai pas dit ! La dernière fois j'ai eu une petite discussion avec notre professeur principal et il m'a parlé de prédictions. Évidement il plaisantait mais il avait un air joueur. Dis-je à mon amie toute ouïe. 

    — Oh ne t'en fais pas ! M.Lovergrant est un charmeur, je pense qu'il plaisantait effectivement. Dit-elle en ricanant. J'avoue qu'il est mignon pour un prof. Continue-t-elle en rigolant de plus belle.  

    Je sens mes joues brûler, ne serai-je pas en train de rougir ? Pitié, non. Je ne peux pas nier le charme de cet homme mais il a tout de même au moins 10 ans de plus que nous, enfin je crois... 

    — Tu penses qu'il est vieux ? Je demande.  

    — Ulysse ! Ne me dit pas que tu craques sur lui ?! Hurle-t-elle dans le bus. 

    La plupart des passagers se retournent vers nous. Je peux apercevoir le conducteur esquisser un sourire dans le rétroviseur. Je suis très mal à l'aise. D'ordinaire nous sommes deux filles discrètes que personne ne remarque.  

    — Chut ! Ne crie pas si fort Hélia ! Lui ordonné-je, l'index posé sur mes lèvres.  

    Le bus s'arrête brusquement. Je manque de peu de me prendre le siège de devant dans le visage. Le chauffeur lance un gros coup de klaxon. Nous entendons les rires idiots de plusieurs garçons aux blousons rouges, des membres de l'équipe de foot sûrement. Lorsque je me penche vers la fenêtre mon regard se croise instantanément avec celui d'une personne que je connais, Peter. J'aurais dû me douter qu'il n'existait pas énormément de personnes aussi immatures que lui et sa bande. Il me fait un signe amical de la main, je fais de même et il s'en va avec les autres en direction du gymnase. Tout le monde descend. Je rejoins mon casier, accompagnée de ma petite tête rousse toujours bien coiffée. Pendant que nous marchons l'une à côté de l'autre je remarque certains regards autour de nous. Des filles se retournent après notre passage, des garçons chuchotent et rigolent en nous observant. Soudainement, c'est encore pire, les gens se mettent à nous pointer du doigt. C'est plus ou moins discret mais certains ne se gênent vraiment pas à nous fixer avec insistance. Mais ils ne nous fixent pas, ils fixent Hélia, pas moi. Je la regarde, elle fixe le sol tout en continuant d'avancer. Lorsque nous arrivons devant nos casiers, plus un mot. Alors c'est comme ça qu'ont été ses journées et je ne l'avais même pas remarqué. Je suis la pire des meilleures amies. J'aimerai la prendre dans mes bras mais les élèves en profiteraient pour affirmer les rumeurs qui courent sur son orientation sexuelle, je n'ai pas envie que ça se passe comme ça. Si Hélia veut s'affirmer telle qu'elle est alors ce sera à sa manière.  


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