• Chapitre trois // extrait un

     Chapitre 3. Dis-moi   

    Ce soir-là je n'arrive pas à dormir. Ma tête est en ébullition. Je suis dans mon lit, Hélia est sur le matelas gonflable à côté de moi. Elle dort profondément. Pour me vider l'esprit je décide de prendre mon carnet et d'écrire ce qui s'est passé.  

    Cher journal...  

    Je suis surprise de me mettre à rédiger comme ça, généralement je transcris mes sentiments à l'aide de poèmes que seule moi peut comprendre mais je ne parviens pas à commencer par autre chose que cette phrase.  

    Cher journal, aujourd'hui je me suis trouvée au bord du vide. Assise entre deux chaises comme on dit. Mon esprit et mon cœur se disputaient entre eux, comme deux enfants auxquels on aurait donné un seul jouet pour s'amuser. Je n'ai rien contrôlé ni décidé...J'ai subi une vision plutôt perturbante où j'étais embrassée pour la première fois de ma vie par un garçon que je ne connais pas plus que ça et.... 

    Hélia se retourne sur elle-même et lâche des petits rires étouffés par sa couverture remontée jusqu'à son nez, elle doit faire un rêve amusant. Je me sens observée tout à coup. Je sens une pression dans mon dos mais elle est invisible. Je respire un grand coup et je m'avachis dans ma chaise. Le ciel est d'un noir profond dans lequel seules quelques étoiles scintillent. Je saisis mes genoux contre ma poitrine. Recroquevillée sur le siège je repense à cette soirée, ces gens, ce lycée. Pourquoi tout doit se passer si mal ?  Je ne comprends pas comment les gens fonctionnent, j’ai peut-être un problème avec les adolescents de mon âge...   

    Je ne ferme pas l’œil de la nuit. Le lendemain matin nous nous rendons en cours avec Hélia, la boule au ventre. J’ai peur pour la première fois de ma vie d’aller dans ce long couloir. Est-ce par rapport aux crétins de la fête d'Halloween ou à Peter ? Non, je ne dois pas penser à cette vision absurde ! Tandis que j’avance d’un pas incertain en direction de ma salle de classe je le vois à l’autre bout du couloir prendre ses livres à son casier. Il a encore des bleus au visage et sa main droite est recouverte de bandages. Je suis maintenant presque à côté de lui, je le fixe sans m’en rendre compte. Alors que je fais mine d’ouvrir mon casier pour prendre quelque chose, je peux entendre sa respiration qui s’accélère. Il semble nerveux. J’ose poser les yeux sur lui tout à coup. Mon regard se pose sur le sien, comme des aimants. Ses yeux bleus sont toujours aussi magnifiques. Ses joues sont légèrement plus rosées que d’habitude et ses bleus créent une sorte de dégradé violacé sur ses pommettes. Il ouvre la bouche comme pour s’apprêter à dire quelque chose mais il n’en a pas le temps, la sonnerie retentit et il se contente de fermer brusquement son casier tout en continuant à me fixer et s’en va.  

    Les jours passent. Je croise Peter dans tous les couloirs s’en avoir la force d’aller lui parler. Lui non plus ne fait pas vraiment d’efforts pour m’adresser un signe de la main ou un sourire le matin. Nous sommes devenus étrangers l’un de l’autre. A la cafétéria je le vois à sa table avec les Cam’s et les joueurs de foot qui se sont vite reconciliés. Cette bagarre n’aura rien changé. Ils forment toujours le groupe parfaitement intact des populaires du lycée. Hélia me surprend toujours à les observer lui et Camryn, elle sur ses genoux, lui avec ses mains posées sur ses hanches de nouvelle capitaine des Cheerleaders aux formes sexy. Lorsqu’ils s’embrassent c’est comme si ma vision était une claque que je me prenais en plein fouet. Je ne réussis jamais à les regarder après ça. Les choses sont identiques, comme à la rentrée, il y a deux mois, sauf que maintenant il fait plus froid et le ciel n’est plus aussi bleu. Je passe mes week-end devant ma baie vitrée à regarder les feuilles tomber des arbres qui se dorent. Je ne sors pratiquement plus de chez moi, je ne vais pas chez Hélia. Quelques fois seulement, je pars en balade faire un jogging, la musique à fond dans mes oreilles. J’ai besoin de me dépenser. Je ne me sens bien nulle part, ma chambre me rappelle trop ma vie, le lycée me rappelle mes échecs et ma meilleure amie me rappelle malgré elle que je ne suis pas à la hauteur en tant que pote... Lorsque je cours, je suis seule face à mes problèmes que je fuis littéralement à la force de mes jambes. Aujourd’hui je me suis pratiquement perdue dans la forêt alors je suis rentrée tard et mes parents ne se sont même pas inquiétés. Je suis devenue un fantôme sans savoir pour qu’elle raison.  

    Lundi matin, je suis avec Hélia dans le bus. J’ai mes écouteurs aux oreilles tandis qu’elle lit un livre, “Hamlet” de Shakespeare. Elle sait que je ne vais pas bien et qu’il ne faut pas me parler dans ce genre de situation mais nous restons tout de même ensemble, liées à jamais contre tous. Le bus tente de se garer dans le parking du lycée quand il freine brusquement, comme chaque matin... Ce sont encore, sans surprise, les athlètes du lycée dans leurs blousons rouges qui nous barrent la route sur leurs vélos et leurs skates, la musique à fond jaillissant de leurs enceintes hightech. Alors que je me lève de mon siège pour sortir du véhicule une main toque sur la fenêtre à côté de moi. Peter se tient en dessous de moi sur son skate me faisant signe de le rejoindre.  


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