• chapitre deux // extrait cinq

    — Tu devrais inviter cette fille à la maison, elle a une bonne influence sur toi.  

    — Comment ça ?  

    — Depuis que vous êtes amies, tu ne fais plus la gueule, tu sembles revivre. Dit-il en me souriant, en posant sa main sur mon épaule.  

    — Je lui demanderais de passer un de ces quatre.  

     

    On est lundi, je retrouve Hélia dans le bus, elle est beaucoup plus souriante et porte son serre-tête bleu préféré avec une marinière et une jupe blanche. A côté j'ai l'air d'à peine sortir du lit, vêtue d'un simple sweat à capuche noir, d'un jean taille haute et de mes converses. Pour une fois, j'ai attaché mes cheveux. Nous parlons de tout et de rien durant le trajet. Hélia prend le soin de me rappeler constamment que nous avons des devoirs, généralement elle m'envoi directement un sms pour me faire un récapitulatif de la journée. Grâce à elle j'aurai peut-être une infime chance d'avoir mon diplôme qui sait ?  

    Nous en venons à parler de M.Lovergrant.  

    — Au fait, je ne t'ai pas dit ! La dernière fois j'ai eu une petite discussion avec notre professeur principal et il m'a parlé de prédictions. Évidement il plaisantait mais il avait un air joueur. Dis-je à mon amie toute ouïe. 

    — Oh ne t'en fais pas ! M.Lovergrant est un charmeur, je pense qu'il plaisantait effectivement. Dit-elle en ricanant. J'avoue qu'il est mignon pour un prof. Continue-t-elle en rigolant de plus belle.  

    Je sens mes joues brûler, ne serai-je pas en train de rougir ? Pitié, non. Je ne peux pas nier le charme de cet homme mais il a tout de même au moins 10 ans de plus que nous, enfin je crois... 

    — Tu penses qu'il est vieux ? Je demande.  

    — Ulysse ! Ne me dit pas que tu craques sur lui ?! Hurle-t-elle dans le bus. 

    La plupart des passagers se retournent vers nous. Je peux apercevoir le conducteur esquisser un sourire dans le rétroviseur. Je suis très mal à l'aise. D'ordinaire nous sommes deux filles discrètes que personne ne remarque.  

    — Chut ! Ne crie pas si fort Hélia ! Lui ordonné-je, l'index posé sur mes lèvres.  

    Le bus s'arrête brusquement. Je manque de peu de me prendre le siège de devant dans le visage. Le chauffeur lance un gros coup de klaxon. Nous entendons les rires idiots de plusieurs garçons aux blousons rouges, des membres de l'équipe de foot sûrement. Lorsque je me penche vers la fenêtre mon regard se croise instantanément avec celui d'une personne que je connais, Peter. J'aurais dû me douter qu'il n'existait pas énormément de personnes aussi immatures que lui et sa bande. Il me fait un signe amical de la main, je fais de même et il s'en va avec les autres en direction du gymnase. Tout le monde descend. Je rejoins mon casier, accompagnée de ma petite tête rousse toujours bien coiffée. Pendant que nous marchons l'une à côté de l'autre je remarque certains regards autour de nous. Des filles se retournent après notre passage, des garçons chuchotent et rigolent en nous observant. Soudainement, c'est encore pire, les gens se mettent à nous pointer du doigt. C'est plus ou moins discret mais certains ne se gênent vraiment pas à nous fixer avec insistance. Mais ils ne nous fixent pas, ils fixent Hélia, pas moi. Je la regarde, elle fixe le sol tout en continuant d'avancer. Lorsque nous arrivons devant nos casiers, plus un mot. Alors c'est comme ça qu'ont été ses journées et je ne l'avais même pas remarqué. Je suis la pire des meilleures amies. J'aimerai la prendre dans mes bras mais les élèves en profiteraient pour affirmer les rumeurs qui courent sur son orientation sexuelle, je n'ai pas envie que ça se passe comme ça. Si Hélia veut s'affirmer telle qu'elle est alors ce sera à sa manière.  


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