• Chapitre quatre // extrait deux

    C’est dans les profondeurs de la nuit qu’Eldiorn, entre deux sanglots, me raconta son histoire. Celle de deux parents séparés lorsqu’il avait 8 ans, celle d’une famille brisée par la maladie de sa sœur atteinte d’un trouble mental, celle d’un garçon qui ne se sent jamais chez lui, celle d’un adolescent qui a dû prendre soin de lui et d’une petite fille tout seul. Je l’écoutais avec attention, cherchant des mots rassurants pour l’apaiser. Lorsque les premiers rayons de l’aube pénétrèrent dans ma chambre, nous nous étions endormis d’épuisement. Eldiorn s’était blotti contre ma poitrine comme un bébé. Il doit bien être 10 heures du matin désormais. Je m’extirpai doucement de son étreinte pour aller m’assoir à mon bureau. Il faut que j’écrive le poème pour Hélia, j’ai besoin de lui raconter tout ça. Par quoi commencer... J’essayai de trouver les bonnes rimes, les bonnes images mais rien ne vint. Je me mis à penser à elle, ses gestes, nos souvenirs. Ça y est ! Je sais exactement comment écrire mon poème ! Je me mis à rédiger les vers sur un papier vert pastel, sa couleur préférée, à l’aide d’une encre dorée. Je voulais que tout soit parfait.  Mon copain se réveilla lorsque j’eus fini mon poème. Il vint passer ses bras autour de moi pour me dire bonjour.  

    — Ça va mieux ? Lui demandai-je.  

    — Oui grâce à toi... Bon, je ne vais pas rester trop longtemps, il faut que je rentre. Me dit-il en enfilant une chemise et un sweat-shirt.  

    Il vint m’ébouriffer les cheveux et parti de ma chambre. Je le regardai s’éloigner de ma maison depuis ma fenêtre. J’étais tellement absorbée par lui que je n’avais pas noté que les premiers flocons de neige tombaient sur le sol. J’ouvris mes rideaux et criai à mon copain de regarder autour de lui. Il se retourna vers moi et s’écria à son tour avant de lâcher son premier “Je t’aime” auquel je répondis “Moi aussi”. Nous échangions, avec la moitié du voisinage, nos premiers mots d’amour, que c’est romantique ! Je repris mes esprits et disposai mon poème dans une belle enveloppe que je rangeai aussitôt dans mon sac pour ne pas l’oublier. J’enfilai un gros pull bleu en laine tricoté par ma grand-mère Jackie, c’est pour cette raison que je m’appelle Ulysse Jackie Wilson, et un jean slim noir troué aux genoux. Je pris ma veste en jean dans mon dressing et déboulai les escaliers, mon sac sur le dos. Maman et Papa étaient déjà partis pour le travail et Matty se trouvait à l’école depuis 8 heures du matin. Il n’y avait que moi et Léonard qui dormait sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. J’avalai mon bol de céréales et parti immédiatement de la maison, de peur de rater mon bus. Dehors, c’est comme si le monde s’était mis sur pause. Le paysage est tout blanc, seules les décorations de Noël s'accumulant sur le porche et le toit des maisons ajoutaient des touches de couleurs à mon champ de vision. J’adore le bruit de mes pas dans la neige et la buée sortant de ma bouche à chaque expiration. Même si je n'aime pas spécialement la fraicheur du temps d’hiver, j’apprécie, malgré tout, la fragilité avec laquelle la nature se préserve face à la maigre température s’abattant sur elle. J’arrivai avec maladresse, glissant sur le béton recouvert de givre, le teint rosé mais le sourire aux lèvres. Je vis le bus s’approcher, le moteur rugissant. Arrivé devant moi, le pot d’échappement me réchauffa. Je montai les marches de l’autobus et allai m’assoir au fond de celui-ci. Les écouteurs dans les oreilles et trop concentrée sur la place que je voulais occuper, je ne remarquai pas qu’Hélia se trouvait là elle aussi. J’aperçus sa rousse chevelure, cuivrée par ce temps d’hiver. Elle me fit un sourire mais ne maintint pas son regard. Pourtant j’allai m’assoir à ces côtés.  

    — Il fait sacrément froid tu ne trouves pas ? Dis-je tout haut.  

    Elle fut très surprise d’entendre de nouveau ma voix, elle quitta subitement les yeux de son manuel d’histoire pour m’inspecter avec étonnement. Bouche bée et les yeux écarquillés, je pu distinguer dans ses yeux un certain émoi. Sans que je puisse m’y attendre, elle se jeta dans mes bras.  

    — Oh Ulysse, tu m’avais tellement manqué !  

    — Doucement, doucement ! M’esclaffé-je. Je ne pouvais m’empêcher de rigoler. 

    Nous passâmes le trajet à nous raconter nos vies, de ce qu’il s’était produit dans notre quotidien respectif. Hélia avait été voir sa mère en France un week-end, elles avaient pu faire un tableau toutes les deux. Avec Déméthys, elles ont continué à chercher des membres pour notre club mais sans succès. Je lui avouai ma récente relation avec mon copain, notre rencontre, l’épisode avec Peter quand celui-ci a débarqué chez moi, ma visite dans le bureau de M.Lovergrant... 

    — En parlant de bouquins ! J’ai fait pas mal de recherches dans le livre que nous avions trouvé à la bibliothèque il y a trois mois. Il faudrait qu’on fasse une réunion au lycée pour aborder tout ça ! Me proposa-t-elle.  

    — Oui assurément ! D’ailleurs, tu as remarqué ? On a eu aucune vision depuis notre dispute, c’est comme si cette partie de notre vie s’était envolée...  

    — Etrange... Murmura-t-elle.


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